Histoire h1173

Le Canada et la Première Guerre mondiale

La Grande Guerre, une guerre industrielle

Lorsque la Grande Guerre est déclarée, les pays concernés sont en pleine expansion industrielle et leur économie est basée sur l'industrie. Les réseaux ferroviaires étaient au coeur du développement industriel. Lorsque l'Allemagne a envahi la Belgique et le nord-est de la France, elle a pris le contrôle de leurs industries et de leur réseau de chemin de fer. Ainsi, l'Allemagne profitait de ces infrastructures et les pays envahis étaient encore plus affaiblis.

La Première Guerre mondiale est la première guerre industrielle.

Une guerre industrielle est une guerre où le sort des armes dépend des armées, mais également de la capacité de production des pays industriels.
Généralement, dans une telle guerre, le pays qui gagne à long terme est celui qui peut produire le plus.

Au cours de la guerre, les connaissances scientifiques, les usines et la population nationale ont été mises au service de la guerre, pour créer de nouvelles armes ou encore pour fabriquer les armements et les munitions. Plusieurs nouvelles méthodes de combat ont commencé à être utilisées au cours de cette guerre, dont les gaz de combat et les longs bombardements d'artillerie. Les nouveaux moyens de combats ont fait de la Grande Guerre une guerre violente et sanglante, qui n'épargne rien : ni les villes, ni les campagnes, ni la population civile.

Le 22 avril 1915, l'armée allemande utilisait pour la première fois un gaz toxique pour attaquer l'armée française. Par après, les armées des deux camps ont utilisé des gaz toxiques, employant les usines de produits chimiques.
La demande de munitions, à cause de l'utilisation de mitraillettes et d'artillerie de toutes sortes, est en hausse et les usines ont commencé à en produire de plus en plus au cours de la guerre.

Les canons et les mitrailleuses présents en grand nombre ont forcé les généraux à modifier les plans d'attaque. La guerre s'est jouée dans les tranchées, où les soldats se protégeaient des attaques et des armes de l'armée ennemie. Les 67 000 morts et 173 000 blessés soldats canadiens représentent bien le côté sanglant de cette guerre. Les villes, les complexes industriels et les réseaux ferroviaires pouvaient aussi être complètement détruits par les canons ou les bombardements aériens.


Un char d'assaut de la Première Guerre mondiale
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Soldats dans une tranchée

L'aviation s'est également considérablement développée au cours de la guerre. En 1914, les avions étaient une curiosité. En quelques années, l'avion devient une arme indispensable.

Les premiers avions étaient surtout utilisés pour des missions de reconnaissance aériennes. Les aviateurs observaient les troupes ennemies et ramenaient des photos et des films. Ces images permettaient aux généraux d'établir de meilleures stratégies d'attaque et de défense. Puis, les armées ont utilisé les avions pour effectuer des missions offensives pour détruire les avions ennemis (c'est cela que l'on nomme la chasse), des centres industriels, des voies de transport et aussi pour attaquer les bases de dirigeables et les sous-marins.

La Première Guerre mondiale crée un nouveau type de combattant : l'aviateur. Au cours de la guerre,    25 000 Canadiens servent dans l'aviation comme pilotes, observateurs et mécaniciens.


Les avions ont changé le paysage de la Première Guerre mondiale
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La marine de guerre a également besoin de la production industrielle. Les navires de guerre imposent des blocus sur les pays ennemis. Les sous-marins combattent aussi en pleine mer.


Navire de guerre britannique
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La guerre et le Canada : changements sociaux et tensions politiques

En 1914, des tensions politiques importantes émergeaient en Europe. Des ambitions économiques et impérialistes opposaient les différentes nations. Deux groupes opposés se sont formés : la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) et la Triple Entente (France, Russie, Grande-Bretagne).

Au même moment, l'Empire ottoman était en plein déclin, augmentant aussi l'instabilité politique du continent. Les tensions ont éclaté le 28 juin 1914 par l'assassinat de l'héritier austro-hongrois François Ferdinand par un nationaliste serbe. Saisissant ce prétexte, l'Autriche-Hongrie déclarait la guerre à la Serbie. Or, la Serbie est alliée à la Russie tsariste. Et comme les deux groupes de puissances ont signé des alliances, lorsque l'un de ses membres est en guerre, les autres doivent lui porter assistance.

C'est ainsi que la France, l'Empire britannique et la Russie sont entraînés dans la guerre, comme le sont l'Autriche, l'Allemagne et l'Empire ottoman. Le Canada, membre de l'Empire britannique, est automatiquement en guerre aussi.

La décision d'entrer en guerre appartient à la métropole, mais le gouvernement canadien doit décider s'il participe activement ou non à la guerre. Tous les pays s'embarquent dans la guerre, convaincus qu'elle se réglera rapidement. Malheureusement, les armes défensives (canons, mitrailleuses, tranchées) sont plus fortes que les armes offensives et, au bout de 6 mois, la guerre est pratiquement immobilisée : la guerre des tranchées commence. C'est pour contourner ces tranchées que les deux camps cherchent des alliés.


Robert Borden était le premier ministre du Canada lors de la Première Guerre mondiale
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Dès l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne, le premier ministre canadien Robert Borden offre son aide et son appui. Aussitôt, on planifie l'envoi de soldats au combat. L'armée canadienne est alors composée d'un peu plus de 3 000 soldats et la marine ne possède que deux navires. Des centres de recrutement ouvrent un peu partout sur le territoire et réussissent à réunir 32 000 volontaires en quelques semaines.

Un premier départ a eu lieu à peine deux mois après la déclaration de guerre. Les soldats s'entraînent d'abord en Angleterre avant de rejoindre le front en France en décembre 1914. Les soldats canadiens découvrent la guerre de tranchées et combattent dans la boue sur un front pratiquement immobile. Les Canadiens, souvent utilisés comme troupes de choc par les généraux britanniques, se forgent une bonne réputation, malgré les lourdes pertes.

Sur le front, les soldats allemands sont bien situés et défendent solidement leurs positions. Les opposants doivent trouver des stratégies d'attaques qui obligeraient les Allemands à abandonner leurs positions. Dans chaque camp, les gains sont minimes et les pertes sont de plus en plus importantes. Les troupes canadiennes sont réunies le 9 avril 1917 à Vimy avec des troupes britanniques et réussissent à remporter une victoire. En août 1918, les troupes canadiennes concentrent toutes leurs attaques sur les secteurs stratégiques.


Soldats canadiens après la victoire de Vimy
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Au Canada, au début de la guerre, la population appuie la métropole. On offre d'ailleurs plus de pouvoir au premier ministre afin qu'il dirige plus efficacement la participation militaire à la guerre.

C'est au cours de la Grande Guerre que le premier ministre a créé le Ministère des Forces armées outre-mer. Ce ministère a été créé pour faciliter l'administration et la gestion des troupes sur les champs de bataille ainsi que pour augmenter l'autonomie des dirigeants canadiens par rapport aux dirigeants britanniques.

Le gouvernement crée également la Loi des mesures de guerre, qui permet au gouvernement de prendre plus de décisions en temps de guerre. C'est par cette disposition que le gouvernement fédéral se permet de créer des impôts et de nouvelles taxes pour financer la guerre.


Affiche créée pour attirer des volontaires dans l'armée (cliquer pour agrandir)
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L'effort de guerre attire beaucoup de volontaires. Le chômage diminue un peu puisque les chômeurs s'engagent dans l'armée. En 1916, Borden promet l'envoi de 500 000 soldats canadiens. Pour la population canadienne, qui compte alors 8 millions d'habitants, cette promesse est très grande. De plus, les volontaires se font de moins en moins nombreux et peu de Canadiens français s'engagent. La pénurie de main-d'oeuvre et les salaires élevés n'incitent pas les Canadiens qui restent à s'enrôler.

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Affiche visant à soutenir l'enrôlement des volontaires
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Devant le manque de volontaires, le gouvernement a mieux encadré les activités de recrutement en 1916 avec le Programme d'inscription nationale, mais les volontaires sont encore insuffisants. Le premier ministre pense à instaurer la conscription, l'enrôlement obligatoire.

La conscription est annoncée le 18 mai 1917 et soulève quelques oppositions chez les Canadiens anglais. Ce sont surtout les Canadiens français qui refusent la conscription. Des émeutes ont lieu, les Canadiens français manifestent leur désaccord. Selon eux, qui sont soutenus par Henri Bourassa, le Canada participe déjà amplement à la guerre en fournissant la nourriture et les munitions. Le débat par rapport à la conscription revêt un caractère nationaliste puisqu’une majorité de Canadiens français se rallient à Henri Bourassa. Les Canadiens anglais perçoivent le refus des Canadiens français comme un affront à la Couronne britannique. La crise de la conscription fait monter les tensions entre les anglophones et les francophones .


Manifestation contre la conscription à Montréal en 1917 (cliquer pour agrandir)
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La lutte entre les gens en faveur de la conscription et ceux en désaccord s'est amplifiée lors des élections. Pour augmenter les appuis à la conscription, Borden a offert le droit de vote aux soldats canadiens qui se trouvaient à l'étranger ainsi qu'aux femmes mariées aux soldats ou encore à celles qui travaillaient pour l'armée.

Le 1er janvier 1918, la conscription est officiellement en vigueur. Plusieurs exemptions sont incluses et la majorité des hommes appelés refusent de partir à la guerre. Ces exemptions sont enlevées au cours de l'année pour envoyer plus de soldats au combat.

La dernière bataille à laquelle les troupes canadiennes ont participé a eu lieu le 11 novembre 1918 et la fin de la guerre a été officiellement décrétée le 28 juin 1919 lors du Traité de Versailles. Au total, 60 661 soldats canadiens auront laissé leur vie sur les champs de bataille et beaucoup de survivants reviennent blessés. Le Canada obtient une place à la Société des Nations.

Les gouvernements ont de nouveaux pouvoirs qu'ils ne veulent pas vraiment perdre. Au cours de la guerre, le Canada a redéfini ses rapports avec la Grande-Bretagne, développant de plus en plus son autonomie politique face à la métropole. Les dirigeants canadiens souhaiteront ensuite définir clairement les pouvoirs du Dominion du Canada lors de la publication du rapport Balfour en 1929. C'est seulement en 1931 que l'indépendance du Canada est officialisée avec le Statut de Westminster.

Les impacts économiques

Lorsque la guerre débute, l'économie canadienne est fragile et est immédiatement touchée par la guerre. Les investisseurs n'ont plus les moyens de développer les chemins de fer et plusieurs ouvriers se retrouvent au chômage. Au même moment, les récoltes de blé dans les provinces des Prairies sont mauvaises à cause d'une sécheresse.

En 1915, les dépenses militaires du gouvernement sont égales à toutes les dépenses gouvernementales de 1913. Le gouvernement a besoin de trouver de nouvelles sources financières pour payer les dépenses liées à la guerre et stimuler l'économie. Le ministre des Finances cherche d'abord des fonds aux États-Unis et fait ensuite appel à la population canadienne. Il émet des obligations (les Obligations de la Victoire) aux contribuables. La dette nationale augmente considérablement au cours de ces années. Les besoins de la guerre stimulent la demande de soldats, d'infirmières et d'ouvriers.


Beaucoup d'hommes sont partis au front, les femmes prennent plus de place sur le marché du travail
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Toutefois, les exportations du Canada connaissent une hausse grâce aux bonnes récoltes du blé et à l'exportation du bois et des munitions. Les usines fabriquent beaucoup de matériel militaire envoyé sur les champs de bataille. La Commission impériale des munitions devient la plus grande entreprise du Canada grâce à ses 250 000 employés. Les exportations de matériel militaire sont en hausse grâce à la participation des États-Unis à la guerre.


Intérieur d'une usine d'armement à Beloeil
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Toujours pour augmenter ses revenus, le gouvernement canadien met en place des taxes sur certains produits comme le tabac, l'alcool, le transport et les médicaments. En 1916, la Loi sur les profits d'affaires pour la guerre force certaines sociétés canadiennes à remplir des déclarations de revenus.

En 1917, le gouvernement instaure des impôts provisoires aux sociétés et aux particuliers grâce à la Loi de l'impôt de guerre sur le revenu. Après la guerre, les impôts élevés sont restés en place. Depuis, l'impôt payé au gouvernement fédéral est resté en vigueur, malgré la promesse faite à l'époque de les retirer sitôt la guerre terminée.

La fin de la guerre a provoqué une nouvelle chute de la production, surtout dans les entreprises liées à l'acier et aux produits chimiques. L'industrie automobile est la seule à ne pas connaître de baisse de production. La production redevient peu à peu ce qu'elle était avant la guerre, avant que l'économie ne connaisse une nouvelle période de croissance au cours des années 1920, avant la Grande Dépression.

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