Histoire h1190

La Révolution tranquille (1960-1966)

La période de la Révolution tranquille représente une succession de changements rapides et importants pour la société québécoise.
Selon certains, la période commence avec le décès de Maurice Duplessis en 1959. Pour d'autres, elle commence véritablement lors de l'élection de Jean Lesage aux élections de 1960.

L'appellation de Révolution tranquille a été utilisée pour la première fois par un journaliste du Globe and Mail. En plus des réformes politiques qui marquent la période, la société québécoise est marquée par un plus grand nationalisme et par l'impact démographique des jeunes baby-boomers.


Webépisode sur le printemps de la révolution
Source

Avant l'élection de Jean Lesage, des politiciens revendiquaient déjà des changements importants pour la société québécoise. C'est le cas par exemple de Georges-Émile Lapalme, précurseur de Lesage comme chef du Parti libéral, qui préconisait des changements sociaux et une plus grande autonomie de la province.

En 1959, à la mort de Duplessis, Paul Sauvé a occupé le poste de premier ministre durant une centaine de jours. Son bref mandat (comme Duplessis, il est mort en fonction) lui a tout de même permis d'amorcer des changements, dont l'interdiction de congédier un employé à cause de son implication syndicale. Paul Sauvé souhaitait aussi mettre en place une assurance maladie. Lorsque Jean Lesage est arrivé au pouvoir, il s'est inspiré en partie des idées de ces précurseurs.

Le triomphe de la modernité et les interventions de l'État

Le 22 juin 1960, Jean Lesage, à la tête du Parti libéral, remporte les élections avec son slogan: «C'est le temps que ça change». Son programme contient plusieurs réformes qui vont moderniser considérablement l'État québécois. Aussitôt arrivé au pouvoir, Lesage se pose contre le favoritisme politique (très en vogue avec Duplessis). Il crée aussi une nouvelle carte électorale, de manière à ce que l'organisation représente mieux la réalité démographique de la province et afin de mieux représenter la population urbaine au Parlement. Le droit de vote est dorénavant fixé à 18 ans, au lieu de 21.


Jean Lesage
Source

Jean Lesage et son parti mettent sur pied un État plus fort, plus interventionniste. Au cours de la période, la fonction publique devient plus importante et l'État s'implique davantage en matière sociale, culturelle, économique.

L'équipe du tonnerre

Jean Lesage et ses ministres forment l'Équipe du tonnerre. Outre Jean Lesage, on y trouve :

  • Georges-Émile Lapalme, actif en politique jusqu'en 1966 et auteur de Pour une politique, dans lequel il décrit sa vision du Québec moderne;
  • René Lévesque, qui fait son entrée en politique en 1960. Il est l'un des membres les plus réformistes du parti et a été responsable de ministères importants, dont les Ressources naturelles. En 1967, Lévesque quitte le Parti libéral pour former le Mouvement Souveraineté-Association, qui devient le Parti Québécois en 1968;
  • Paul Gérin-Lajoie est le premier à avoir occupé le poste de ministre de l'Éducation en 1964. Il tisse des liens avec la France, la francophonie et consacre une partie de sa vie à l'éducation.

D'autres personnes influentes conseillent le gouvernement de Jean Lesage, dont Jacques Parizeau, Claude Morin, Claude Castonguay et Bernard Landry. Le slogan de la période est «Maîtres chez nous», employé officiellement par Jean Lesage lors de la campagne électorale de 1962. Le Parti libéral mise sur la nationalisation de l'électricité pour remporter les élections.


Maîtres chez nous
Source

Le Québec souhaite garder le contrôle sur son économie et ses affaires sociales. Le slogan se répercute aussi dans les relations entre le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral.

Sur le plan international, le Québec souhaite aussi prendre une plus grande place. Par exemple, l'ouverture en 1961 de la Délégation générale du Québec à Paris est suivie par l'inauguration des délégations à Londres et à New York.

À cette époque, certains Québécois commencent à revendiquer le droit du Québec de signer ses propres accords avec les autres nations. La volonté de contrôler les affaires du Québec a aussi fait naître les premières remises en question par rapport à la place du Québec dans la Confédération canadienne.

En 1961, le Parlement crée trois nouveaux ministères : les Affaires culturelles, le Revenu et les Affaires provinciales.

En 1962, la Société Générale de financement (SGF) est créée , favorisant l'économie du Québec en encourageant les investisseurs et en mettant en valeur les ressources naturelles. Le gouvernement met sur place des organismes liés à l'État pour faciliter la gestion et l'industrie au Québec.

Avec la création de nouveaux ministères, de nouvelles sociétés d'État et l'emploi de milliers de personnes, le gouvernement a dû mieux organiser la fonction publique et les échelles salariales. Les employés de la fonction publique, de plus en plus nombreux, ont souhaité faire reconnaître leurs droits. C'est pourquoi, en 1965, la Loi de la fonction publique reconnaissait le droit des fonctionnaires : syndicats, grèves, négociations, sécurité d'emploi, etc.

Même si une partie de la société attendait ces changements avec impatience, les réformes de la Révolution tranquille ne plaisent pas à toute la population. En effet, la modernisation de l'État a mis en évidence les inégalités qui existaient entre les régions du Québec. Les milieux ruraux et les régions plus pauvres n'approuvaient pas les changements politiques et les hausses d'impôts impliqués. Ces groupes appuyaient plutôt l'Union nationale.

En 1966, le parti de Jean Lesage n'a pas remporté les élections. C'est en effet Daniel Johnson et l'Union nationale qui ont pris les rênes du gouvernement québécois. Johnson n'a pas mis fin à la modernisation du Québec puisque son gouvernement a poursuivi les réformes en matière de vie politique, d'éducation et de santé.

C'est en effet sous le gouvernement de Daniel Johnson que sont créés les Cégeps et le réseau des Universités du Québec. Sera aussi voté la loi sur le Protecteur du Citoyen ainsi que la mise en vigueur d'une loi de 1945 qui permet la création de Radio-Québec (maintenant Télé-Québec).


Danel Johnson
Source

L'éducation

La nouvelle génération, issue du baby-boom, arrive à l'adolescence et les institutions scolaires sont insuffisantes pour accueillir tous les élèves. Le Québec a un grand besoin de nouvelles écoles.

Le gouvernement lance la Commission d'enquête sur l'éducation, supervisée par monseigneur Alphonse-Marie Parent. Dès 1960, le gouvernement offre plus d'argent aux commissions scolaires pour la création des classes de maternelle. L'année suivante, la scolarité est obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans au lieu de 14 ans. De plus, l'école est gratuite jusqu'à la onzième année (équivalent de la cinquième année de secondaire).


Le Monseigneur Alphonse-Marie Parent
Source

Influencé par la commission d'enquête sur l'éducation, le gouvernement crée, en 1964, le ministère de l'Éducation.

En 1966, le rapport Parent est déposé et contient les recommandations suivantes :

  • Établir la gratuité scolaire
  • Ouvrir de nouvelles écoles
  • Faire en sorte que l'État prenne l'éducation en charge
  • Remplacer les collèges classiques par des polyvalentes et des collèges
  • Faciliter l'accès à l'éducation des adultes

Le rapport Parent fait de l'éducation une nécessité et non plus un luxe. Le but de Parent est de doter le Québec d'un système d'éducation unifié, moderne, accessible et démocratique. À l'époque, le système d'éducation est contrôlé par l'Église et seule une petite partie de la population pouvait accéder aux collèges classiques et à l'université.


Paul Gérin-Lajoie, le premier à occuper le poste de ministre de l'Éducation
Source

Au cours de la période, le gouvernement souhaite démocratiser l'éducation. C'est pourquoi le programme de prêts et bourses est mis sur pied. Tous les parents sont également invités à voter lors des élections scolaires. Le gouvernement crée aussi des programmes pour stimuler le développement des universités.

Les écoles primaires et secondaires sont gérées par l'État, mais conservent leur structure confessionnelle. Il y ainsi des commissions scolaires catholiques et des commissions scolaires protestantes lorsque le gouvernement crée 55 nouvelles commissions scolaires en 1965.

De nouvelles écoles secondaires publiques sont ouvertes, les polyvalentes accueillent tous les jeunes, dont les baby-boomers. Pour desservir adéquatement les élèves, le gouvernement construit de nouvelles écoles et emploie de nouveaux enseignants.

En 1967, le ministère de l'Éducation crée une toute nouvelle institution : les collèges d'enseignement général et professionnel (cégep). Les nouveaux collèges offrent des programmes préuniversitaires et des programmes de formation professionnelle. De plus, ils sont répartis sur le territoire québécois afin de faciliter l'accès aux études pour tous. Dans la même veine, le gouvernement crée aussi le réseau de l'Université du Québec. Les campus ouverts en régions viennent s'ajouter aux trois universités déjà en place (Laval, de Montréal, Sherbrooke).

Pour combler le besoin d'enseignant, le ministère de l'Éducation crée une formation universitaire unifiée pour les futurs enseignants. Les enseignants se regroupent également au sein de syndicats pour améliorer leurs conditions de travail.

La santé

Avec l'élection de Lesage, le gouvernement provincial commence à participer au programme d'assurance-hospitalisation créé par le gouvernement fédéral. Comme pour l'éducation, le gouvernement a pris le contrôle des institutions de santé du Québec. L'État a d'ailleurs construit plusieurs hôpitaux afin de répondre correctement à la demande. Dès 1961, grâce à l'assurance hospitalisation, les patients reçoivent gratuitement les soins à l'hôpital.

En 1969, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) est créée. Son but est de mettre sur pied le régime de l'assurance maladie. Officiellement lancée en 1970, l'assurance-maladie du Québec permet à toute la population de profiter de soins de santé gratuitement.

Les vidéos
Les exercices
Les références