Histoire h1206

Revendications autochtones : Crise d'Oka (1990) et Paix des Braves (2002)

Revendications autochtones

Parmi les revendications autochtones, plusieurs d'entre elles concernent les droits ancestraux. Ces derniers sont accordés aux nations présentes sur un territoire donné avant l'arrivée des Européens et qui sont encore sur le territoire.

Les nations qui ont obtenu une reconnaissance de leurs droits ancestraux jouissent d'une plus grande autonomie politique. La reconnaissance des droits ancestraux garantit les droits sur les terres et la préservation du mode de vie. De plus, les nations ont plus d'indépendance et une plus grande autodétermination politique. Pour soutenir leur cause, les nations autochtones font référence aux droits internationaux, à la Proclamation royale et aux Common Laws.

La Loi constitutionnelle de 1982 protège les droits ancestraux afin d'abolir toute volonté d'assimilation et d'acculturation. Outre les revendications concernant les droits ancestraux, les nations autochtones veulent également obtenir des droits territoriaux.

En 1969, les Amérindiens refusent le Livre blanc et commencent à revendiquer davantage d'autonomie politique et des droits territoriaux. Au Québec, l'exploitation des ressources hydroélectriques mène à la signature de la Convention de la baie James et du Nord québécois en 1975.

La Convention de la baie James et du Nord québécois accorde aux communautés autochtones des droits de chasse et de pêche exclusifs sur un grand territoire. Ces communautés obtiennent également d'importantes compensations financières. En échange, le gouvernement québécois peut exploiter les ressources minières, forestières et hydrauliques dans le nord de la province.


Territoire défini par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (cliquer pour agrandir)
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Peu après, la Cour Suprême tranche en faveur des autochtones, pour la première fois de l'histoire, affirmant que le Québec ne respecte pas les droits ancestraux des Amérindiens. La Cour d'appel annule la décision.

En 1977, le rapport Berger affirme que le nord du pays est davantage le territoire des autochtones qu'un réservoir de ressources naturelles. Au cours des années 1980, les autochtones continuent de revendiquer leurs droits territoriaux et exigent une plus grande autonomie politique au sein de la Confédération canadienne.

En 1983, le Québec reconnaît officiellement les «peuples aborigènes du Québec» comme nations disctintes. On reconnaît ainsi leur culture, leur langue, leurs coutumes et leurs traditions. Les nations autochtones ont alors une identité politique propre et obtiennent ainsi le droit d'orienter leur développement politique, économique et social. Ils peuvent, par exemple, contrôler des institutions de manière à mieux répondre aux besoins des premières nations par rapport à la culture, la langue et l'éducation.

En 1985, la motion pour la reconnaissance des droits des autochtones est adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale. Au Québec, cette motion concerne pas moins de 108 000 autochtones (incluant les Amérindiens et les Inuits). La même année, la Loi sur les Indiens est modifiée afin que les femmes mariées puissent garder leur statut d'autochtone.

En 1988, la loi est modifiée à nouveau, permettant aux Premières nations de réglementer par rapport aux taxes sur les réserves. Lors des négociations pour l'Accord du lac Meech, les Amérindiens revendiquent le statut de société distincte.

La crise d'Oka (1990)

En 1990, les relations problématiques entre les gouvernements et les nations autochtones ont connu une période difficile lors de la crise d'Oka. En mars 1989, le maire de la ville d'Oka, Jean Ouellette, a annoncé son intention d'agrandir le golf et d'amorcer la construction de nouvelles propriétés. Par contre, le terrain utilisé pour le golf se situe sur un cimetière ancestral amérindien, tandis que les condominiums se situeraient sur des terres revendiquées par les Mohawks.

Les Mohawks font partie de la famille des Iroquois et sont membres des Six Nations, dont 1300 habitent à Kanesatake. D'autres Mohawks vivent à Kahnawake, sur la rive sud de Montréal, près du pont Mercier.

Le 1er avril 1989, des Mohawks mécontents manifestent à Kanesatake, territoire amérindien près d'Oka. La situation accentue les conflits et les revendications des Amérindiens dans la région. En effet, depuis le début du 20e siècle que les Mohawks revendiquent des droits territoriaux dans la région. Depuis le 18e siècle, le territoire près du lac des Deux-Montagnes appartient aux Sulpiciens, qui déplacent la population autochtone.

En 1945, le gouvernement fédéral rachète les terres et autorise les Amérindiens à y rester, mais ils ne sont pas propriétaires. Kanesatake n'est pas considéré comme une réserve amérindienne, mais plutôt comme les Terres de la Couronne. En 1977, les Mohawks demandent au gouvernement de leur reconnaître leurs droits ancestraux. En avril 1986, le gouvernement refuse, affirmant que l'occupation de ce territoire est trop récente.

C'est peu après ce refus que les Mohawks apprennent les plans du maire d'Oka et tiennent à souligner leur désaccord et à revendiquer une fois de plus leurs droits territoriaux. Des Mohwaks plus revendicateurs se radicalisent et forment des groupes de Warriors, pour la défense des droits des autochtones. Les Mohawks refusent l'identité canadienne et revendiquent l'identité mohawk. Ils exigent également des exemptions de taxes sur le tabac ainsi que le droit d'ouvrir des casinos sur les réserves.

En mars 1990, les Mohawks commencent à construire des barrages et des barricades pour empêcher les travaux d'agrandissement sur le golf. La tension grimpe continuellement entre les manifestants et les autorités.

Le 11 juillet 1990, la Sûreté du Québec (SQ) intervient avec 100 agents et lance un assaut sur les barricades. Lors de l'intervention, plusieurs coups de feu sont échangés et le caporal Marcel Lemay y laisse sa vie. Les policiers se retirent. Les Warriors de Kahnawake bloquent l'accès au pont Mercier et menacent de le faire exploser.


Warrior mohawk lors de la crise d'Oka (cliquer pour agrandir)

Cet évènement force les deux partis à négocier pour trouver un terrain d'entente. Des représentants du gouvernement provincial discutent avec les autorités amérindiennes pour mettre fin à la crise. Le 8 août, Brian Mulroney, alors premier ministre du Canada, nomme Alan B. Gold comme médiateur.

De son côté, le premier ministre québécois, Robert Bourassa, demande l'intervention de l'armée canadienne. Les tensions s'accentuent et se répercutent au sein de la population, alors que des Blancs manifestent à Châteauguay. En plus de gérer la crise auprès des Amérindiens, les autorités doivent aussi réagir aux émeutes causées par le mécontentement de la population.

Le 12 août, les négociateurs parviennent à s'entendre. Les gouvernements fédéral et provincial ainsi que les Warriors parviennent à cette entente :

  • Assurer le libre accès aux médicaments et aux vivres pour la population de Kanesatake;
  • Laisser la liberté de mouvement aux conseillers mohawks;
  • Former une équipe d'observateurs pour les négociations. Ces observateurs sont désignés par la Fédération internationale des Droits de l'Homme.

Le 20 août, les Mohawks évacuent Kahnawake en utilisant le pont Mercier. Des Blancs en colère attaquent les voitures. Comme la situation s'envenime et que les deux partis ne s'entendent pas, l'armée canadienne doit intervenir.

Les soldats et les Warriors s'entendent pour mettre fin aux barricades sur le pont Mercier le 29 août. L'armée poursuit ses interventions et avance en forçant le démantèlement des barricades. La crise perdure jusqu'au 26 septembre 1990, les Warriors abandonnent et les barricades sont levées.


Affrontement entre un soldat et un Warrior

Au cours de la crise, les Mohawks revendiquaient aussi l'autonomie des autochtones. Les populations de Kanesatake et de Kahnawake ont subi les conséquences de la crise. En effet, à cause des barricades et des barrages, les gens ne pouvaient plus accéder aux vivres et aux médicaments. De plus, les employés de l'usine de filtration d'eau n'avaient pas accès à leur lieu de travail. La population manquait d'eau potable.

La crise d'Oka a été suivie dans les médias québécois et canadiens, mais également ailleurs dans le monde, devenant le symbole des difficultés et des tensions entre les gouvernements et les Amérindiens au Canada et au Québec.

Le gouvernement canadien met sur pied la Commission royale sur les peuples autochtones pour étudier les causes de la crise et les solutions envisageables. Dans son rapport, George Erasmus (un avocat autochtone) dénonce la situation des autochtones du Canada (pauvreté, alcoolisme, dépendance aux drogues, violence, chômage) et émet quelque 400 recommandations visant à développer l'autonomie politique, économique et sociale des nations autochtones.

La Paix des Braves (2002)

La Paix des Braves est un accord qui porte sur le développement des ressources du Nord québécois. L'accord fut signé en février 2002 par le premier ministre du Québec, Bernard Landry, et Ted Moses, grand chef du Conseil des Cris.


Bernard Landry et Ted Moses (cliquer pour agrandir)
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L'entente permet à Hydro-Québec d'aller de l'avant avec le projet hydroélectrique Eastmain-Rupert près de la baie James. De plus, le gouvernement du Québec s'engage à verser aux Cris 4,5 milliards de dollars sur une période de 50 ans. Neuf communautés cries du Nord ont signé cette entente par le biais de référendums qui se sont tenus dans les villages.

La Paix des Braves est qualifiée d'historique par plusieurs, car elle constitue une association entre Québec et les Cris dans le développement du Nord. De ce fait, elle reconnaît les droits territoriaux des Cris sur ces terres.

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