Français f1095

Le monologue

​​Le monologue est un genre ou un procédé qui permet une analyse plus approfondie des personnages. Un monologue est toujours une grande révélation, rarement dépourvue de sensibilité et issue d'un point de vue unique (celui de l'orateur).

1. ​Genre:  Monologue vient du grec mono (seul) et logos (discours). Ce terme désigne un genre théâtral non basé sur des séquences dialogales, mais sur la conversation qu'un personnage entretient avec lui-même.

2. ​Procédé: Le monologue est une scène à l'intérieur d'une pièce de théâtre, un moment pendant lequel l'action s'arrête et laisse place à un discours fait par l'un des personnages.


Le monologue, en tant que genre théâtral, a donné lieu à plusieurs oeuvres diverses et particulières.​

1. Monologue sans titre, de Daniel Keene
Histoire de Mathew qui fait partie des ces hommes que l’on dit « à la marge » de la société. Les gens passent à côté de lui sans rien savoir de sa manière d’éprouver la vie. Le monde l’ignore. La vie elle-même semble l’ignorer.

2. Je suis un saumon, de Philippe Avron
Philippe Avron se fait saumon sauvage et nous confie ses aventures de poisson. Un texte plein d’humour.

3. La déraison d'amour, d'après les écrits de Marie de l'Incarnation
Marie de l'Incarnation (personnage à la fois historique et mythique), dans ses différents monologues adressés à son fils absent, parle de ses efforts consacrés à l'évangélisation des jeunes femmes de la Nouvelle-France, plus particulièrement des sauvagesses, et de son amour pour Dieu. Du début jusqu'à la fin, la comédienne est seule sur scène.

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Les fonctions du monologue

Le monologue peut avoir différentes utilités. Souvent, le personnage qui fait un monologue est bouleversé et doit prendre une décision déchirante. Le monologue peut alors prendre la forme d'un dialogue avec sa propre conscience (discours intérieur) ou d'un dialogue avec des destinataires absents. ​

1. Fonction de délibération

Devant un choix déchirant, le personnage réfléchit aux possibilités qu'il a, il pèse le pour et le contre, il verbalise une décision prise, etc. 

Exemple: Hermione dans Andromaque 

2. Fonction d'introspection

Le personnage, ​qui a une forte réaction, manifeste tout ce qui lui vient à l'esprit de façon spontanée. Cela crée donc un discours plus chaotique et émotif. 

Exemple: Phèdre dans Phèdre 

3. Fonction dramaturgique

La suite de la pièce dépend occasionne​llement du choix du personnage lors du monologue. Il a donc une importance cruciale dans le déroulement de l'histoire. 

​Exemple: Arnolphe dans L'école des Femmes


1. Bertha (Fille) Si c’est une chance qui s’offre à toi, ma p’tite fille, manque-la pas ! Ton Bonheur c’est toi qui le fais. Moi, si ma vie était à recommencer, j’y penserais deux fois… Ma vie,,, Je suis encore bonne d’appeler ça une vie. J’aurais pas dû me remarier. Je l’ai fait parce que j’avais pas envie d’être obligée à laver des planchers d’un bord pis de l’autre de la ville. Je l’ai fait pour être capable de vous faire vivre, Armand pis toi. J’ai accroché le premier veuf qui m’est tombé sous la main. Il m’a rien donné. À part fleurette, rien… Pour les enfants, sont toujours là. Tu vieillis pus t’engraisse, les enfants t’insultent dans la rue, mais t’as pas les moyens de te défendre… Même si tu voulais te défendre, tu sais à l’avance que c’est inutile. T’es pas plus qu’un chien, tu vis comme un chien pis tu meurs comme un chien. Je te le dis, Marguerite, lasse-toi pas prendre comme moi.
Marcel Dubé, UN SIMPLE SOLDAT​​​

2. Cyrano Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire... Oh ! Dieu !... bien des choses en somme... En variant le ton, - par exemple, tenez Agressif : « Moi, monsieur, si j'avais un tel nez, il faudrait sur-le-champ que je me l'amputasse ! » Descriptif : « C'est un roc !... c'est un pic !... c'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule ! » Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol de peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » Cavalier : « Quoi, l'ami, ce croc est à la mode ? Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode ! » Dramatique : « C'est la Mer Rouge quand il saigne ! » Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » Militaire : « Pointez contre cavalerie ! » - Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit: Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres, Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot ! Je me les sers moi-même, avec assez de verve, Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.
Rostand Edmond, CYRANO DE BERGERAC​

3.
 ​​Hamlet Être ou ne pas être, telle est la question. Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? Mourir : Dormir; c’est tout. Calmer enfin, dit-on, dans le sommeil les affreux battements de mon coeur; quelle conclusion des maux héréditaires serait plus dévotement souhaitée ? Mourir, dormir; dormir… rêver peut-être. C’est là le hic ! Car, échappés des liens charnels, si, dans ce sommeil du trépas, il nous vient des songes… halte-là ! Cette considération prolonge la calamité de la vis. Car, sinon, qui supporterait du sort les soufflets et les avanies, les torts de l’oppresseur, les outrages de l’orgueilleux, les affres de l’amour dédaigné, les remises de la justice, l’insolence des gens officiels, les rebuffades que les méritants rencontrent auprès des indignes, alors qu’un petit coup de pointe viendrait à bout de tout cela !
Shakespeare, HAMLET

À consulter :

Le texte théâtral

Les vidéos
Les exercices
Les références