Histoire h1157

Le traité de Paris (1763) et ses conséquences (notions avancées)

Les notions abordées dans cette fiche dépassent celles qui sont vues au secondaire. Il s'agit d'un complément pour ceux qui sont curieux d'en savoir plus.

Changements territoriaux en Amérique du Nord

Lors de la capitulation des Français et des Canadiens à Montréal en 1760, les troupes britanniques ont pris possession de la Nouvelle-France. Par contre, comme la guerre de Sept Ans n'était pas encore terminée, le sort de la Nouvelle-France n'était pas encore fixé. En effet, les clauses du traité de paix n'étaient pas encore décidées et l'Angleterre aurait pu laisser la Nouvelle-France à la France. Après la défaite de 1760, les troupes britanniques étaient responsables du territoire : c'est le régime militaire, qui dure de 1760 à 1763. Les soldats devaient surmonter plusieurs défis pour administrer la colonie.  Après la guerre, les sièges et les batailles, le pays était en ruines. La famine menaçait de s'abattre sur la population et plusieurs familles étaient sans abri.

Durant cette période, plusieurs mesures sont instaurées : les habitants ne peuvent porter d'armes et doivent prêter serment d'allégeance et de fidélité au roi anglais. De plus, ils ne peuvent vendre des terres qu'à des Britanniques.

Les troupes britanniques devaient entretenir la paix dans une population affaiblie, qui ne parlait pas la même langue que les militaires. Pour assurer l'ordre public, les autorités anglaises ont confié la tâche aux miliciens canadiens. Les officiers de la milice et les membres qui en faisaient la demande avaient de nouveau le droit de porter des armes. La milice s'est rapidement imposée comme intermédiaire entre la population désemparée et l'administration et l'armée étrangères. Tous attendaient la fin de la guerre pour savoir ce qui arriverait à la colonie.


Miliciens canadiens
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La situation est restée précaire jusqu'à la signature du traité de paix. Amorcées au printemps de 1761, les négociations entre la France et l'Angleterre ont progressé lentement. Les deux nations devaient s'entendre sur les gains et les pertes de chacun. D'ailleurs, plusieurs hommes d'affaires britanniques préféraient rétrocéder le Canada à la France pour conserver la Guadeloupe. Pour eux, le commerce du sucre de la Guadeloupe était beaucoup plus rentable que celui des fourrures au Canada. De plus, les autorités britanniques n'auraient pas à gérer la population catholique du Canada, qui s'élevait à environ 70 000 personnes. Finalement, le traité de Paris fut signé le 10 février 1763 et mettait officiellement fin à la guerre de Sept Ans.


Évolution et composition de la population sous le régime britannique (cliquer pour agrandir)

Par ce traité, la France cède officiellement la Nouvelle-France à l'Angleterre. Seules la rive ouest du Mississippi en Louisiane et la Floride sont offertes à l'Espagne (pour compenser la participation espagnole à cette guerre). Le reste de la Louisiane est également cédé aux Britanniques. L'Espagne offre en même temps la Floride à l'Angleterre. La France cède aussi ses territoires en Asie, ne conservant que cinq comptoirs. En échange, elle récupère des îles aux Antilles, ses comptoirs africains et garde le contrôle de Saint-Domingue (Haïti). Les bourgeois français sont satisfaits de conserver cette île puisqu'elle est la colonie la plus rentable grâce à ses grandes plantations de canne à sucre.

En Amérique du Nord, la France conserve des droits de pêche dans le golfe du Saint-Laurent dont près des rives de Terre-Neuve et du Labrador. L'Angleterre offre également les îles Saint-Pierre et Miquelon afin d'offrir un abri aux pêcheurs français. Les Français s'engagent par contre à ne pas fortifier l'archipel et à y construire uniquement des bâtiments utiles pour la pêche et le séchage du poisson.


Carte de l'Amérique du Nord après le traité de Paris, 1763 (cliquer pour agrandir)
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L'Angleterre acquiert ainsi de nouveaux territoires et gère maintenant la majeure partie de l'Amérique du Nord. Le traité de Paris stipule tout de même quelques conditions à la couronne britannique. En effet, la nouvelle administration du Canada doit permettre le libre exercice de la religion catholique. Les Canadiens conservent leurs droits de propriété et leurs biens. Les habitants qui souhaitent quitter le territoire pour retourner en France ont la permission de le faire durant les 18 premiers mois suivant la signature du traité.

Jeffrey Amherst est officiellement nommé gouverneur général du Canada tandis que James Murray en devient le gouverneur militaire. Le Canada devient officiellement une possession britannique et ses habitants sont vus comme des sujets de la couronne britannique. Le traité ne contient aucune précision par rapport à la langue des Canadiens. À l'époque, le français est utilisé dans toutes les relations diplomatiques internationales, même les nouveaux dirigeants anglais parlent le français. La question linguistique n'est pas un enjeu important de la Conquête. La Proclamation royale va préciser des conditions plus précises sur l'organisation des colonies britanniques.

En France, le traité de Paris n'est pas considéré comme un échec, mais comme une réussite diplomatique. Plusieurs intellectuels jugeaient plus important de conserver les colonies antillaises, de signer la paix que de conserver un pays aussi aride que le Canada. Pour la population du Canada, le changement d'empire n'occasionne pas énormément de changements puisque les deux régimes sont issus d'une monarchie chrétienne.

Le mécontentement des Amérindiens - La révolte de Pontiac

Le changement d'empire n'a pas seulement eu des impacts sur le territoire et la population canadienne. Les nations autochtones ont aussi été affectées par le traité de Paris. Les Amérindiens étaient habitués aux alliances avec les Français, mais le traitement des Amérindiens par les dirigeants britanniques était très différent.

Les Amérindiens, au temps de la Nouvelle-France, étaient les alliés des Français et ces derniers leur offraient souvent des cadeaux et des offrandes en échange de leurs services. De plus, les Amérindiens profitaient d'une liberté face aux autorités françaises. Les colons britanniques exerçaient une pression sur les territoires autochtones beaucoup plus forte que celle des colons français. Le traitement des Amérindiens par les nouvelles autorités a provoqué leur mécontentement. D'ailleurs, pour les Amérindiens, les Français avaient perdu la guerre, mais pas eux.

Il leur semblait donc illogique que les Anglais prennent possession de leur territoire alors qu'ils n'avaient ni perdu la guerre, ni signé le traité de paix. Plusieurs prophètes prenaient la parole au sein des groupes autochtones. Ils tentaient de convaincre les autres de revenir aux valeurs traditionnelles et de se débarrasser des blancs. L'un de ces prophètes était Neolin. Ses propos ont convaincu le chef Odawa Pontiac de préparer une rébellion amérindienne.


Pontiac

Pontiac était un chef religieux et politique au sein des Odawa, dont la vie était axée autour de la trappe, de la chasse et des attaques sur les tribus iroquoiennes. Depuis l'arrivée des Français, les Odawas effectuaient le commerce des fourrures avec eux et ils étaient aussi des alliés fidèles. Pontiac et son groupe ont d'ailleurs participé à la guerre de la Conquête en menant des embuscades et en prenant possession du Fort Duquesne (Pittsburgh). Après cette guerre, Pontiac profitait d'une bonne réputation.

Dès 1760, il prépare une rébellion en amorçant la constitution d'une fédération amérindienne qui regrouperait toutes les tribus de l'Est. Son but: chasser les Anglais et rétablir l'autonomie des Amérindiens au Canada. Pontiac encourageait la révolte et dirigeait des milliers d'hommes. Avec ses troupes, il prépare et réussit plusieurs attaques sur les différents forts défendus par les Britanniques. Chaque fois, la ruse des Amérindiens leur facilite la victoire.


Pontiac tente de rallier les Amérindiens à sa cause (cliquer pour agrandir)


Carte des lieux de bataille de la Guerre anglo-indienne (cliquer pour agrandir)

La guerre anglo-indienne est marquée par la cruauté exprimée par les deux camps. De leur côté, les Amérindiens n'hésitent pas à massacrer les Anglais. On estime d'ailleurs à 2000 le nombre de soldats britanniques ayant succombé aux massacres dirigés par Pontiac. La détermination des autochtones était si forte que Amherst a d'ailleurs songé à abandonner la colonie.

Les Anglais avaient plutôt mis au point des attaques bactériologiques. Sachant les Amérindiens sensibles aux maladies occidentales: ils ont délibérément provoqué des épidémies chez les nations autochtones en distribuant des couvertures souillées par la variole ainsi que des bouteilles d'alcool empoisonné. Les témoignages des chefs militaires britanniques de l'époque parlent souvent de leur volonté d'extermination. Les autorités britanniques veulent faire savoir aux Amérindiens qu'ils ne sont pas leurs nouveaux alliés, mais les nouveaux maîtres auxquels les Amérindiens devront se soumettre. Cette attitude alimente le mécontentement des Amérindiens.


Attaque des Amérindiens sur le fort de la Presque Isle

Pontiac et ses troupes se sont attaqués à deux reprises au Fort Détroit, mais ne sont jamais parvenus à le prendre. Les soldats britanniques commençaient à utiliser les mêmes stratégies que les Amérindiens et ont ainsi réussi à les piéger. Après la défaite de Pontiac à fort Détroit, des nations autochtones ont commencé à faire la paix avec les Britanniques. En 1766, c'est la fin de la guerre anglo-indienne, Pontiac et les autres chefs signent l'arrêt de la guerre. Graduellement, les autochtones se soumettent au nouveau régime, ce qui augmente peu à peu leur dépendance à la société et au mode de vie occidentaux. Les contacts entre les nations autochtones et les Européens sont de plus en plus plus nombreux, ce qui augmente la propagation des maladies et accélère l'acculturation des Amérindiens.

Les Iroquois, qui étaient déjà les alliés des Anglais avant le début de la Conquête, deviennent peu à peu les intermédiaires entre les autorités britanniques et les autres nations amérindiennes. Les Amérindiens sont toutefois utiles pour les colons britanniques puisqu'ils les aident à explorer et à conquérir le territoire. Ils participent encore activement au commerce et à la traite des fourrures. Avec la Proclamation royale, certains droits des Amérindiens étaient reconnus comme, entre autres, la possession de leur territoire, mais cela ne durera pas.

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