Histoire h1160

La Révolution américaine et le Québec (notions avancées)

Les notions abordées dans cette fiche dépassent celles qui sont vues au secondaire. Il s'agit d'un complément pour ceux qui sont curieux d'en savoir plus.

Les Américains et la Province of Quebec

En 1775, des patriotes américains attaquent des soldats de Sa Majesté britannique au Massachusetts. C'était le début de la guerre d'Indépendance américaine. Les Treize colonies souhaitaient obtenir leur indépendance politique. Cette guerre est le résultat de plusieurs années de frustration face au régime britannique monarchique. Depuis la fin de la guerre de la Conquête, la Grande-Bretagne avait imposé plusieurs taxes aux Treize colonies afin de rembourser ses dettes datant de la Guerre de Sept Ans. De plus, la Grande-Bretagne empêchait ses colonies de prendre possession du territoire à l'ouest. D'abord par la Proclamation royale qui en faisait un territoire amérindien intouchable, ensuite par l'Acte de Québec qui incluait ce territoire dans celui de la Province of Quebec.


Le Boston Tea Party

Toutes ces frustrations se sont d'abord exprimées par des rébellions contre les décisions de la Grande-Bretagne. Après le Boston Tea Party, la Grande-Bretagne a imposé de nouvelles lois aux Américains, limitant le pouvoir politique des colonies. Ces lois, surnommées lois intolérables, alimentèrent la colère des rebelles et provoquèrent les débuts de la Révolution américaine. Le 18 avril 1775, la guerre éclate officiellement lors d'une bataille au Massachusetts. Les Américains veulent faire comprendre au roi qu'il est allé trop loin. Ils veulent aussi se libérer du pouvoir royal et obtenir l'indépendance. Les forces britanniques veulent empêcher les Américains de propager la rébellion dans tout leur empire colonial. Ils veulent éviter que le vaste empire colonial anglais éclate.

Les Américains espéraient l'appui des Canadiens et des colons britanniques installés dans la Province of Quebec. C'est pourquoi ils ont envoyé des délégations à Montréal pour tenter de convaincre les Canadiens de se rallier à leur cause. Avant même le début de la guerre, les Américains avaient envoyé une lettre à la population de la Province of Quebec, lettre qui les invitait à participer à la révolution et à former le quatorzième État. Cette invitation fut distribuée à Montréal, où un mouvement proaméricain est né.

En septembre 1775, les troupes américaines se dirigent vers le nord. En cours de route, elles réussissent à prendre plusieurs forts, dont ceux de Chambly et de Saint-Jean. L'invasion du Canada était commencée. En novembre de la même année, Guy Carleton abandonne la ville de Montréal et les Américains l'occupent. Au même moment, d'autres troupes américaines se dirigeaient vers Québec. Le 15 novembre, ces dernières arrivent à Québec. La ville est bien protégée et les Américains ne sont pas suffisamment armés et préparés pour en prendre possession.


Schéma de l'attaque de Québec

Les Américains assiègent la ville à partir des plaines d'Abraham, mais la marine britannique, plus forte que les troupes américaines, apporte des renforts et des denrées aux assiégés. Le 31 décembre, les troupes américaines tentent de prendre la basse-ville. Repoussés, ils retournent sur les plaines d'Abraham. Ils quittent la ville lorsque des renforts britanniques arrivent au printemps. En avril 1776, une délégation américaine arrive à Montréal et en vient à la conclusion que la prise armée de la Province of Quebec sera trop difficile. Les Américains quittent Montréal le 9 mai 1776.

Non seulement les troupes britanniques sont plus fortes que les Américains, mais elles sont appuyées par l'arrivée de loyalistes. Ces derniers sont des Américains qui ne voulaient pas de l'indépendance. Selon eux, les problèmes survenus pouvaient se régler au sein de l'empire. Des nations iroquoises ont également combattu au sein des troupes britanniques. Les Iroquois souhaitaient empêcher les Américains de gagner la guerre et de prendre possession de leur territoire.

De leur côté, les Américains espéraient compter sur l'appui des Canadiens, mais ce ne fut pas le cas. Les seigneurs canadiens et les membres du clergé encourageaient la population à appuyer le roi d'Angleterre. Après quelques hésitations, les marchands britanniques ont également appuyé le roi.


Signature de la Déclaration d'Indépendance

Le 4 juillet 1776, les Américains signent la Déclaration d'Indépendance. À partir de 1777, les Américains commencent à remporter quelques batailles, avec l'appui, entre autres, de pays européens dont particulièrement la France. La guerre se poursuit jusqu'en 1781, alors que la Grande-Bretagne se rend. La guerre d'Indépendance se termine officiellement avec la signature du traité de Versailles en 1783.

Les Canadiens et la Révolution américaine

Avant même le début de la guerre d'Indépendance, les Canadiens sont invités à rejoindre la cause des Américains. À Montréal, plusieurs marchands appuient le mouvement de rébellion qui naît dans les Treize colonies. La Grande-Bretagne sentait aussi naître la révolte et souhaitait éviter qu'elle ne se propage dans le reste de leurs colonies. C'est pour cette raison que l'Acte de Québec offrait autant de concessions aux Canadiens.

Lorsque la guerre éclate, les Américains s'attendent à recevoir l'appui des Canadiens et des Montrealers. Les troupes britanniques espèrent que les Canadiens seront loyaux face au roi et combattront à leurs côtés. Dès les débuts de la guerre, le clergé se range du côté des Britanniques et encourage la population à faire de même. La religion, la culture et la langue étaient dorénavant bien protégées après l'Acte de Québec. Toutefois, la plupart des habitants resteront neutres durant tout le conflit. Seules quelques personnes se rangeront dans un camp ou dans l'autre. Selon eux, la Révolution américaine est une guerre entre les Anglais.

Le traité de Versailles de 1783

Avec la signature du traité de Versailles en 1783, c'est non seulement la fin officielle de la Révolution américaine, c'est également la reconnaissance officielle d'un nouveau pays : les États-Unis d'Amérique. L'union des Treize colonies est encore fragile, le pays n'a pas encore de constitution ni de gouvernement.


Signature du Traité de Versailles. La toile n'a pas été terminée puisque les représentants britanniques avaient refusé de poser.

En plus de leur indépendance, les Américains gagnent des droits de pêche au large du Labrador, de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse. Pour la Grande-Bretagne, la signature du traité de Versailles implique qu'elle reconnaît ses dettes contractées avant, durant et après la guerre d'Indépendance et l'oblige à les rembourser. La Grande-Bretagne assure aussi l'amnistie des loyalistes et leur offre la liberté de s'installer dans les colonies.

Changements territoriaux en Amérique du Nord

Le traité de Versailles rend officielles les nouvelles divisions territoriales de l'Amérique du Nord. Les États-Unis couvraient un territoire plus vaste à l'ouest que celui des Treize colonies. Leur territoire s'étend ainsi jusqu'au fleuve Mississippi et inclut le territoire indien. La frontière sud de la Province of Quebec est aussi modifiée. Les Grands Lacs sont tous divisés en deux (sauf le lac Michigan qui sera complètement aux États-Unis) pour tracer la nouvelle frontière entre la Province of Quebec et les États-Unis. Par ailleurs, la Floride, qui ne fait pas encore partie des États-Unis, revient à l'Espagne.


Carte de l'Amérique du Nord après le Traité de Versailles de 1783
Source

Par ces changements territoriaux, des Canadiens habitaient dorénavant aux États-Unis. Les Amérindiens avaient aussi perdu le territoire qui leur était réservé. Les Américains pouvaient accéder aux territoires de l'ouest qu'ils convoitaient depuis longtemps.

Mouvements migratoires : l'arrivée des loyalistes

Avant le début de la guerre d'Indépendance, les colons américains n'étaient pas tous d'accord sur les moyens à prendre pour acquérir plus de liberté politique. Les rebelles en viennent à souhaiter l'indépendance, mais plusieurs colons considèrent qu'il est possible de régler les problèmes en demeurant dans l'Empire britannique. On a surnommé ces colons fidèles à la couronne d'Angleterre les loyalistes.

Avant et pendant la guerre d'Indépendance, les révolutionnaires imposaient des sanctions contre ceux qui les défiaient. Les loyalistes se voyaient souvent privés de leurs droits, attaqués, emprisonnés, taxés, volés, etc. Ceux qui ne se sont pas joints aux troupes britanniques durant la guerre ont pris la fuite au Canada ou se sont réfugiés dans des camps. Pour beaucoup, les loyalistes étaient des fermiers peu fortunés de rang social peu élevé et d'origines ethniques variées. On y trouvait aussi quelques esclaves noirs, des esclaves échappés, des Noirs libres et des Amérindiens.

Un loyaliste est quelqu'un qui était né ou qui habitait dans les colonies américaines lorsque la guerre a éclaté, qui a servi la cause britannique durant la guerre et qui décide de quitter les États-Unis à la fin de la guerre ou peu de temps après.
Comme la Grande-Bretagne avait accepté d'accueillir les loyalistes dans ses colonies, elle a défini clairement ce qu'était un loyaliste. Ces gens avaient décidé de rester fidèles à la couronne britannique pour plusieurs raisons : crainte du chaos possible après l'indépendance, souhait de demeurer dans l'empire, désir de s'allier avec l'extérieur par crainte de la société américaine (ce qui était le cas pour de nombreux Amérindiens ou des Noirs).

Après la guerre, plusieurs de ces loyalistes ont quitté les États-Unis pour s'installer dans les colonies britanniques. Plus de 43 000 loyalistes sont arrivés dans le Canada actuel. La plupart d'entre eux se sont dirigés vers les maritimes. 8 000 ont choisi la Province of Quebec. Entre 1783 et 1784, ce sont les plus grandes vagues d'arrivée de loyalistes. À leur arrivée, ils recevaient une terre, des instruments agraires, des vêtements et de la nourriture. Les familles recevaient aussi de l'aide. Peu d'entre eux se sont installés sur les rives du Saint-Laurent puisque les francophones occupaient déjà presque toutes les terres. Près de 2 000 loyalistes se sont installés près de la Baie-des-Chaleurs en Gaspésie ou le long du Richelieu.


Carte des mouvements migratoires des loyalistes (cliquer pour agrandir)
Source

Refusant de se soumettre au Code civil français en vigueur, les loyalistes ont demandé de nouvelles terres qui seraient soumises au droit anglais. C'est ainsi qu'ils se sont installés près de la rivière des Outaouais, dans les Cantons-de-l'Est, mais encore plus au nord du lac Érié, loin de la société canadienne-française. À partir de ce moment, on constate une forte anglicisation des noms de lieux. Les loyalistes ont aussi créé de nouvelles institutions sur le territoire : églises protestantes, écoles anglophones, hôpitaux. De plus, comme ils étaient habitués à la vie démocratique, ils ont accentué les pressions pour l'obtention d'une assemblée élue dans la colonie. Leur arrivée a forcé le gouvernement britannique à revoir l'organisation de la colonie, ce qui a mené à l'Acte constitutionnel de 1791.

L'arrivée de ces anglophones attachés aux valeurs britanniques a considérablement modifié la démographie de la Province of Quebec. Les francophones étaient encore majoritaires, mais plus du tiers des habitants du Canada étaient dorénavant d'origine britannique. De plus, les loyalistes avaient des valeurs conservatrices qui ont influencé la société dans les années qui ont suivi. Les deux groupes (Canadiens et loyalistes) connaissent de sérieuses tensions, mais ils vont également avoir aussi des objectifs communs, comme se défendre de l'expansionnisme américain.

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