Histoire h1179

La deuxième phase industrielle au Canada (1900-1929)

Nouvelle source d'énergie et développement industriel

La première phase d'industrialisation était marquée par le développement des manufactures (qui produisaient des biens de consommation et de l'équipement), la machine à vapeur et le réseau ferroviaire.

La deuxième phase d'industrialisation, de 1900 à 1929, est caractérisée par deux éléments:

  • L'avènement de l'électricité;
  • L'exploitation des ressources naturelles.

Ces deux éléments ont considérablement modifié le monde industriel du Canada au début du 20e siècle. De nouvelles industries s'installent près des ressources naturelles, permettant à de nouvelles régions du pays de se développer rapidement. Ce qui n'empêche pas les centres industriels de la première phase de poursuivre leur développement. En effet, les premiers secteurs industriels se développent encore au cours de la deuxième phase d'industrialisation.

Les industries déjà en place profitent des nouveaux marchés à l'ouest du pays. La création des nouvelles provinces du Canada a permis aux usines de desservir leur population. Par ailleurs, la Politique nationale, politique protectionniste qui impose des frais aux produits manufacturés à l'extérieur du Canada, a bien servi les entreprises.

Le Québec et l'Ontario, grâce à leur position géographique avantageuse, sont les provinces dont le secteur manufacturier est le plus développé. Les usines profitent de la Conquête de l'Ouest et se situent au coeur du réseau ferroviaire. Le marché national canadien est basé sur les industries de ces deux provinces. Montréal est toujours le coeur industriel du Canada et profite des nouveaux secteurs:

  • production d'appareils électriques;
  • transformation des produits pétroliers.

Les manufactures évoluent et les méthodes de travail sont changées. La production en série, mise au point par Taylor et Ford, permet de maximiser la productivité des entreprises. Les manufactures profitent également des nouvelles ressources naturelles et du développement des nouvelles industries.

Comme les industries du Canada sont concentrées au centre du territoire, les provinces de l'Ouest et les Maritimes sont dépendantes des industries. Ces régions exportent surtout des matières premières (blé, charbon, poisson) et importent les produits usinés (vêtements, machines agricoles, aliments transformés).

Le gouvernement fédéral investit dans l'économie tandis que les gouvernements provinciaux essaient d'attirer les entreprises sur leur territoire. Les municipalités font la même chose en offrant des primes, des subventions et des garanties aux entreprises qui s'installent chez elles.

Électricité et centrales hydroélectriques : de nouvelles industries, de nouveaux centres industriels

En 1880, grâce aux inventions européennes et américaines, l'électricité fait son entrée au Canada. Les premières centrales électriques fonctionnent au charbon, mais les avantages de l'électricité hydroélectrique favorisent rapidement son émergence. La force des chutes d'eau est alors employée pour faire tourner les turbines qui produiront l'électricité.

Comme le territoire du Québec compte beaucoup de rivières, la province devient le centre du développement électrique. Le début du 20e siècle marque ainsi le début de la construction des barrages et des centrales hydroélectriques. La croissance industrielle du Québec est favorisée par l'émergence des centrales électriques.

En 1890, une première centrale hydroélectrique est implantée en Ontario, sur les chutes Niagara. La technologie pour transporter l'électricité se développe en même temps puisqu'un réseau permet de transporter l'électricité jusqu'à la ville de Buffalo aux États-Unis.

La première centrale hydroélectrique du Québec est construite à Sherbrooke par la Sherbrooke Gas & Water Company. Construite sur la rivière Magog à partir de 1888, la centrale Frontenac est toujours en opération aujourd'hui.


La centrale Frontenac aujourd'hui (cliquer pour agrandir)
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Une autre centrale est construite à Shawinigan en 1898 par la Shawinigan Water and Power Company. La ville, se situant en Mauricie, est alors développée par l'industrie forestière. Les chutes sur lesquelles est construit le barrage sont situées relativement proches de Montréal (134 kilomètres). La centrale est construite grâce aux investissements américains.

Dès que la centrale est en marche, elle attire de nombreuses usines qui profitent de la proximité et du faible coût de l'électricité. Lorsque cela est possible, les usines ne s'implantent plus dans les grands centres industriels des villes, mais dans les régions près des ressources naturelles. Les entreprises qui s'installent à Shawinigan sont liées à l'aluminium, aux pâtes et papiers et aux produits chimiques. En 1902, la centrale de Shawinigan est reliée à Montréal grâce aux nouvelles lignes électriques.


La centrale de la Shawinigan Water and Power Company en 1912
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Les industries des pâtes et des papiers s'installent près des centrales hydroélectriques. Ces dernières leur fournissent l'électricité dont elles ont besoin et sont généralement situées près des ressources forestières.

Avant la deuxième phase d'industrialisation, le papier n'était pas fabriqué à partir des fibres du bois. Une nouvelle technologie permet d'utiliser ces fibres pour en faire du papier. Cette innovation survient au moment où la demande en papier journal est en forte croissance. Les journaux quotidiens sont en plein essor aux États-Unis et au Canada. Le papier journal est fait à partir de fibres d'épinette, espèce d'arbre très abondante au Québec. Ainsi, les usines de pâtes et papiers se développent dans la province de Québec. Une première usine de pâtes et papiers est construite sur le Saguenay. Les entrepreneurs profitent ainsi de plusieurs avantages:

  • Proximité de la ressource forestière;
  • Potentiel hydroélectrique, proximité d'un port de haute mer;
  • Réseau ferroviaire vers les États-Unis déjà existant.

Au début du 20e siècle, de très nombreuses usines américaines de pâtes et papiers s'implantent près des cours d'eau et des forêts. On trouve ainsi plusieurs papeteries dans les nouvelles régions: Mauricie, Saguenay, Lac Saint-Jean.

D'autres industries se situent aussi en Gaspésie, en Estrie, dans la région de Québec, en Outaouais et dans le Témiscamingue.

Le Québec est le premier producteur de papier journal au Canada à l'époque. Entre 1913 et 1920, la production de papier journal du Canada a triplé, avant de tripler de nouveau en 1929. La majeure partie de la production (90 %) est exportée aux États-Unis. Le Canada est alors le premier exportateur de papier journal au monde.


Usine de pâtes et papiers en Ontario en 1923
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Machine à papier à Grand-Mère (Mauricie) vers 1900
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Les pâtes et papiers ne sont pas les seules industries à profiter des centrales hydroélectriques. Entre 1900 et 1930, l'industrie de l'aluminium se développe au Québec.

Les entreprises sont attirées par l'électricité puisque le territoire du Québec ne produit pas la matière première. En effet, les usines importent la bauxite de la Guyane. Mais la transformation de la bauxite en aluminium exige beaucoup d'électricité et c'est au Québec qu'elle est le moins chère.

Les alumineries s'installent donc près des chutes d'eau du Québec (près de Shawinigan et d'Arvida). La construction de ces usines requiert de grands capitaux. Les investisseurs sont principalement américains.


Vue aérienne de l'Aluminium Company of Canada à Arvida vers 1927
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Au même moment, l'agriculture connaît des changements majeurs puisque les innovations technologiques ont favorisé la mécanisation de la production. Plusieurs machines font leur apparition sur les fermes : batteuses, moissonneuses, faucheuses, tracteurs, etc.

Ces machines augmentent la capacité de travail des producteurs : ils sont capables de travailler plus rapidement une plus grande surface. La productivité des terres augmente. Par contre, les agriculteurs doivent souvent s'endetter pour s'outiller ainsi.


Travail de la terre grâce à un tracteur dans les Prairies, en 1922
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La transformation des aliments en usine se fait également plus importante. Les producteurs ne transforment plus leurs produits sur la ferme, ils les envoient dans des usines. Ces dernières transforment les aliments (pain, farine, fromages, etc.) ou les mettent en conserve.


Usine de la compagnie Quaker Oats, installée en Ontario, 1928
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Même si des usines s'implantent en région, l'urbanisation se poursuit. Les villes continuent de se développer et participent à l'économie. C'est au cours de cette période que les premiers grands magasins s'imposent comme intermédiaire incontournable de la grande distribution à Toronto et à Montréal.

Des magasins comme Eaton, Dupuis et frères et Simpsons mettent au point de nouvelles méthodes pour stimuler les ventes : publicités, jours de solde, défilés, vitrines, vente par catalogue, etc. En 1915, les industries canadiennes sont en plein essor et la Grande Guerre a favorisé le développement industriel et l'exploitation des ressources naturelles.

Exploitation des ressources naturelles et capitaux étrangers

Outre l'électricité, l'exploitation des ressources naturelles a fait considérablement évoluer le paysage industriel canadien. En effet, les ressources minières, forestières et hydrauliques ont été utilisées au 20e siècle. Ces ressources, abondantes au Canada, ont favorisé l'essor de l'industrie minière, l'industrie forestière, l'industrie des pâtes et papiers et l'hydroélectricité. Les ressources naturelles alimentent également les manufactures et les usines, collaborant ainsi à leur développement. Au même moment, les politiciens québécois incitent la population à coloniser les régions qui se développent.

Industrie minière

Les nouvelles industries exigent beaucoup des ressources minérales. L'industrie minière prend donc son essor au cours de la deuxième phase d'industrialisation. L'aluminium, le cuivre, l'amiante et le nickel sont importants pour la production d'électricité, les usines de produits chimiques, l'industrie automobile, etc.

La région de Thetford Mines se développe grâce aux mines d'amiante. Ce minéral est utilisé pour fabriquer des tissus qui résistent aux feux, des matériaux de couverture, de peinture, de papier et de freins. La production d'amiante est passée de 36 000 tonnes en 1900 pour atteindre 280 000 tonnes en 1929. 70 % de la production est exportée aux États-Unis.


Mine d'amiante à Thetford Mines en 1918
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Les mines de cuivre et d'or favorisent le développement de l'Abitibi. La production des mines de Rouyn-Noranda est exportée partout dans le monde vers 1920.


La ville de Rouyn vers 1920
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Les provinces qui profitent le plus de l'exploitation des ressources naturelles sont le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique. En Colombie-Britannique, l'industrie forestière est au coeur du développement économique. 45 % des arbres abattus au Canada proviennent de la province de l'Ouest et sont exportés partout dans le monde.

Capitaux américains

Le développement des industries au Canada s'appuie principalement sur des capitaux étrangers, dont la majorité provient des États-Unis. Les investisseurs américains contournent la politique nationale en implantant des succursales sur le territoire canadien. Ainsi, ils produisent leurs marchandises sur le territoire canadien et n'ont pas à payer les tarifs douaniers, parce que ces tarifs ne s'appliquent pas à ce qui est produit en sol canadien.

L'industrie québécoise dépend alors beaucoup des investisseurs américains. Ce sont ces derniers qui fournissent les capitaux nécessaires à l'implantation des industries. Le Québec exporte aussi beaucoup de matières premières aux États-Unis. Les produits sont transformés avant d'être de nouveau vendus au Québec.

Ce sont les Américains qui investissent, administrent et gèrent la production industrielle. Ils profitent des ressources naturelles abondantes, de l'électricité bon marché et des ouvriers canadiens. C'est pourquoi les grandes marques américaines s'installent au Canada : Quaker, Heinz, Ford, etc.

Transports et communications

Une grande partie de la production canadienne est exportée, principalement aux États-Unis. Les entreprises doivent donc pouvoir compter sur des moyens de transport efficaces. Ce besoin fait augmenter la production des locomotives, wagons, rails, outils, navires, routes, ce qui augmente aussi le besoin en matières premières.

Tous les secteurs industriels se développement et participent à l'essor des autres secteurs. L'économie canadienne au début du 20e siècle se porte bien et les entrepreneurs sont convaincus que le Canada dominera l'économie du nouveau siècle.

Pour répondre à la demande, le gouvernement encourage la construction d'un nouveau chemin de fer transcontinental, qui deviendra plus tard le chemin de fer du Canadien National (CNR).

En 1919, le Canada compte 81 105 kilomètres de voies ferrées. En 1902, le Canadien Pacifique implante son usine à Montréal. Les ateliers Angus construisent des locomotives, des wagons, du matériel. Les ouvriers spécialisés gèrent également l'entretien et la réparation du matériel. Les ateliers Angus ont produit 502 locomotives entre 1905 et 1913. En 1919, 5 947 locomotives étaient en service au Canada.


L'intérieur des ateliers Angus

Les ports maritimes sont réaménagés : ils sont plus grands et sont mieux reliés au réseau de chemin de fer. Montréal demeure le plus important port du Canada. Le port de Halifax se développe aussi, profitant de l'absence de glace en hiver. C'est également à Halifax que les immigrants arrivent au Canada.


Le port de Montréal vers 1910
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La technologie automobile connaît aussi un fort développement. Bien que les entreprises de carrosses du Canada aient tenté de s'adapter au nouveau moyen de transport, les entreprises américaines dominent.

En 1904, une usine de Ford s'installe à Windsor tandis qu'une usine de Buick s'installe à Oshawa en 1907.

En 1904, il y a environ 500 automobiles au Canada. Ce nombre grimpe à 342 400 en 1919. La révolution automobile est enclenchée. Les municipalités et les gouvernements doivent tenir compte de cette nouvelle situation et aménager des routes pavées.

L'industrie automobile favorise l'essor d'industries connexes : caoutchouc, pétrole, produits chimiques. Cette nouvelle technologie permet aux villes de mettre au point un nouveau transport urbain: l'autobus.


Exposition d'automobiles à Montréal en 1914
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Le réseau de télégraphe se développe aussi au Canada. Mode de communication à distance, le télégraphe suit généralement les voies ferrées. Grâce à la mise en place d'un câble télégraphique sous-marin, le Canada est relié à l'Europe. Il est désormais possible de communiquer entre la Colombie-Britannique, les Maritimes et Londres en quelques minutes. L'implantation du réseau téléphonique va collaborer à accentuer les communications sur tout le territoire. En 1919, on compte 779 000 téléphones au Canada.


L'intérieur d'une centrale télégraphique vers 1920
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Les références