Histoire h1187

Deuxième Guerre mondiale et transformations sociales au Québec

Participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale

Durant les années 1930, au milieu de la crise économique, des tensions politiques ont pris de l'ampleur au sein des pays européens. En Allemagne, Adolf Hitler veut faire de son pays la plus grande puissance armée du continent. L'Allemagne fabrique de plus en plus d'armes et Hitler fait la promotion de la pureté de la race aryenne.

Lorsque l'Allemagne envahit la Pologne en septembre 1939, l'Angleterre, et la France leur déclarent la guerre. Quelques jours plus tard, le 10 septembre 1939, le Canada déclare également la guerre à l'Allemagne.

Aux mois de mai et de juin 1939, le roi britannique George VI et la reine Élisabeth font une visite au Canada. C'est la toute première visite au pays d'un souverain britannique durant son règne. Avec l'Europe qui se prépare à la guerre, le roi souhaite renforcer les liens entre la Grande-Bretagne et le Canada, qui se sont battus ensemble lors du premier conflit mondial.


Le train du couple royal dans l'ouest canadien (cliquer pour agrandir)
Bibliothèque et Archives nationales du Québec

La photo ci-dessous montre George VI et la reine Élisabeth lors de leur passage à Lévis, en 1939. Ils sont accueillis notamment par le premier ministre québécois Maurice Duplessis, que l'on aperçoit au centre de la photo.


Visites de leurs majestés le roi George VI et la reine Élisabeth au Canada en 1939. Auteur inconnu.
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Bibliothèque et Archives nationales du Québec

La participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale commence. Les forces de l'Axe (Allemagne, Italie, Japon et autres) s'opposent aux Alliés (Grande-Bretagne, France, Canada, l'URSS et autres). Les pays alliés n'arrivent pas à arrêter les troupes allemandes. Aucune armée n'était prête à entrer dans une nouvelle guerre si peu de temps après le premier conflit mondial et à la fin d'une crise économique.

La Grande-Bretagne compte sur l'aide et l'appui de ses dominions pour assurer sa défense, dont le Canada. Les troupes canadiennes ne sont pas mieux préparées et l'armée manque de matériel : pas de chars d'assaut, d'artillerie lourde, armes désuètes, etc. Les soldats sont insuffisants et ne sont pas bien entraînés.

Mackenzie King, le premier ministre du Canada, est toutefois convaincu que le Canada doit participer activement au conflit. Il veut fournir l'aide nécessaire à la Grande-Bretagne sans toutefois compromettre l'unité du pays. Il veut à tout prix éviter une crise semblable à celle qu'il a vécue lors de la Première Guerre mondiale avec la crise de la conscription. Il envoie donc au combat des troupes de l'armée régulière ainsi que les troupes de volontaires. En 1940, King fait la promesse de ne pas imposer la conscription.

Le gouvernement fédéral remet en application la Loi des mesures de guerre. Le gouvernement, au nom de l'effort de guerre, peut disposer de pouvoirs qu'il n'a pas en temps de paix et prendre des décisions sans avoir besoin de l'appui de tous. En fait, avec la Loi des mesures de guerre, le gouvernement peut intervenir partout où cela est jugé nécessaire. Au cours de la guerre, le gouvernement se permet d'imposer des crédits militaires, de fixer les salaires et les prix, de contrôler l'inflation, de réquisitionner des matériaux pour en faire des obus, de rationner la population, de limiter les déplacements des gens et de censurer la presse.

Pour fournir les troupes, le matériel et les denrées nécessaires, le gouvernement a besoin d'argent. Il demande alors aux provinces de leur remettre les fonds et les pouvoirs liés aux impôts et aux taxes liés aux individus et aux sociétés. Le gouvernement vend aussi les Bons de la Victoire à la population. Ainsi, les individus qui achètent les bons aident le gouvernement à financer l'effort de guerre.

Au cours de la guerre, la dette publique est passée de 5 milliards en 1939 à 18 milliards en 1944. Au Québec, les exigences du gouvernement fédéral soulèvent la colère de Maurice Duplessis, le premier ministre provincial. En novembre 1939, Duplessis est défait aux élections, au profit d'Adélard Godbout.


Un tramway de la ville de Québec faisant la promotion des Bons de la Victoire
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Liens entre le Canada et les États-Unis lors de la guerre

Avant les débuts de la Deuxième Guerre mondiale, le Canada perçoit les États-Unis comme un ennemi potentiel qui peut envahir à tout moment le pays.

Les relations diplomatiques entre les deux nations prennent une direction différente durant la Deuxième Guerre mondiale. King rencontre le président Roosevelt à quelques occasions. Avec la Déclaration d'Ogdensburg, les deux pays signent une première entente de protection mutuelle en août 1940. Le Canada et les États-Unis s'entendent pour apporter leur soutien à la Grande-Bretagne lorsque les États-Unis entrent en guerre en 1941. Lorsque les États-Unis entrent en guerre, toute la force industrielle américaine est mise au profit de la guerre. Les États-Unis sont capables de fabriquer plus de matériel militaire que l'Allemagne.

L'aide canadienne à la Grande-Bretagne

En plus du soutien armé (entre 1939 et 1944, le Canada a envoyé 1 million de soldats aux côtés de l'armée britannique), le Canada fournit du matériel de guerre à la Grande-Bretagne : navire, avions, armes et chars d'assaut.

La production industrielle du Canada est mise à profit pour l'effort de guerre. La production liée à l'acier, au fer et à l'aluminium sert à la construction des avions, des chars d'assaut, des fusils et des navires.

D'autres industries servent aussi à fournir les troupes en matériel : usines de textiles qui fournissent les uniformes, usines de métal qui fabriquent des obus. La production agricole et laitière est aussi mise à contribution puisque plusieurs denrées sont envoyées en Europe.

Le Canada a construit plusieurs contre-torpilleurs au cours de la guerre. Ces derniers accompagnaient les navires de ravitaillement et les défendaient contre les attaques des sous-marins allemands lors de la traversée de l'Atlantique.

Dès décembre 1939, le Canada accepte de former des pilotes pour la Royal Air Force. Au cours de la guerre, 100 000 aviateurs formés au Canada ont participé à la guerre. Malgré l'aide apportée aux forces alliées, les Canadiens ne faisaient pas partie de l'organisation et de la planification des stratégies.

Par exemple, en 1943 et 1944, à Québec, Mackenzie King reçoit Churchill et Roosevelt lors de deux conférences. Ces derniers planifient des stratégies, dont le débarquement de Normandie, mais King est exclu des discussions.


La conférence de Québec de septembre 1944 (cliquer pour agrandir)
Bibliothèque et Archives nationales du Québec


Le premier combat des troupes canadiennes contre les soldats ennemis a eu lieu à Hong Kong. Les Canadiens défendaient l'île contre une invasion de Japonais. Après un siège de 17 jours durant lequel les Japonais ont bloqué l'arrivée des denrées, les Canadiens ont capitulé.

En 1942, plusieurs milliers de Canadiens (4 965 soldats) ont pris part à l'attaque de Dieppe. Cette attaque a été un véritable échec puisque les Allemands ont repéré les troupes et les ont attaquées. Près de 2 000 Canadiens y sont morts et plusieurs autres ont été fait prisonniers.


Débarquement de Dieppe


Prisonniers alliés après l'attaque de Dieppe
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Les soldats canadiens ont participé à la libération de l'Italie en 1943.

En juin 1944, plusieurs troupes canadiennes ont participé au débarquement de Normandie. Dans les semaines qui ont suivi, les troupes ont pris part à la libération de la France et des Pays-Bas.


Troupes canadiennes au débarquement de Normandie
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Effets de la Seconde Guerre mondiale au Canada

Conséquences sur l'économie

La reprise économique a commencé au milieu des années 1930. Par contre, l'économie a réellement repris lors de la guerre. Les industries fonctionnaient à plein régime pour fabriquer tous les produits demandés pour la guerre et avaient besoin d'ouvriers. Le taux de chômage a considérablement diminué au cours de la guerre pour être inférieur à 1% en 1942.

La croissance industrielle affecte tout le pays, mais touche surtout le Québec, l'Ontario et la Colombie-Britannique, dont l'industrie était déjà plus développée avant la guerre. La production industrielle croît et les exportations reprennent aussi. La relance dure après la guerre. En effet, durant les années de l'Après-guerre, le Canada connaît une période de prospérité économique.

Au cours de la guerre, les femmes prennent de plus en plus leur place sur le marché du travail spécifiquement réservé aux hommes. En effet, près d'un million de femmes travaillent en usine durant la guerre. En 1943, le tiers des travailleurs industriels du Québec est formé de femmes. Après la guerre, les groupes féministes allaient prendre plus de place.


Femmes au travail dans une usine de munitions
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Le gouvernement met sur pied plusieurs sociétés d'État, qui gèrent la production des biens de guerre.

Recherche scientifique et développement technologique

La forte demande en produits pour la guerre a forcé les usines à augmenter leur production et leur efficacité. La guerre a ainsi favorisé l'émergence de nouvelles technologies.

Les recherches menées ont permis de mettre au point de meilleures technologies liées au transport, aux communications, à l'aviation, aux armements, à l'énergie atomique, au radar, à la nutrition et à la médecine.


Les navires canadiens ont défendu les eaux de l'Atlantique contre les sous-marins allemands
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Les besoins de la guerre ont incité les ingénieurs et les scientifiques à créer de nouveaux objets et de nouvelles technologies.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, des Canadiens ont mis au point les inventions suivantes : appareil magnétique pour détecter les mines, dispositif anti-torpille, protection des coques des navires contre l'usure provoquée par l'eau salée, liquide antibuée pour les voitures, fourrure artificielle, caoutchouc synthétique, nylon pour les parachutes, dégivreur pour l'aviation, oeuf et lait en poudre, meilleure conservation de la viande, combinaisons pour les pilotes, radars (le Canada a fourni 9 000 radars aux Alliés), médicament contre le mal de mer, pénicilline, sérum sanguin, dispositif pour augmenter la vision de nuit.

Les usines ont également amélioré leurs techniques de production, diminuant le temps nécessaire pour fabriquer un objet.

Programmes sociaux : intervention de l'État

En mars 1943, le rapport Marsh était déposé. Ce rapport proposait au gouvernement fédéral d'adopter plusieurs mesures sociales telles que l'assurance-chômage, l'assurance-maladie, l'assurance contre l'invalidité, la vieillesse et la survie, les allocations pour les enfants, les prestations pour les maladies et les allocations funéraires.

Jugé trop radical, le rapport Marsh a été mis de côté, mais ses propositions ont influencé les gouvernements au cours de la guerre et dans les années d'après-guerre, avec la création de l'État-providence.

De nombreux programmes sociaux ont vu le jour durant la guerre. C'est en effet au cours de la guerre que le gouvernement canadien créé le programme d'assurance-chômage (1941) ainsi que des allocations familiales (1944).
Au Québec, le gouvernement d'Adélard Godbout prend aussi des décisions importantes: droit de vote pour les femmes (1940), création d'Hydro-Québec (1944), première loi pour la protection de l'enfance (1944).


Adélard Godbout

Les syndicats obtiennent une meilleure reconnaissance. Les employeurs doivent désormais reconnaître le syndicat, négocier la convention collective avec celui-ci.

Au Québec, la Loi instituant une commission de relations ouvrières (1944) force les entreprises à reconnaître un syndicat qui rassemble 60% des employés. Au même moment, le droit à la syndicalisation des travailleurs est officiellement reconnu par le gouvernement fédéral.

Une démocratie en crise

La conscription cause une division de la population canadienne

Malgré sa promesse de ne pas imposer la conscription, Mackenzie King pense que sans la conscription, le Canada aura de la difficulté à offrir un soutien suffisant aux troupes alliées. Il espère quand même éviter la division entre les anglophones et les francophones, comme ce fut le cas durant la Première Guerre mondiale.

En 1941, le gouvernement impose l'enregistrement de tous les Canadiens. Ce n'est pas encore la conscription, mais la population sait que l'enregistrement obligatoire est l'une des étapes y menant. Au Québec, un mouvement de contestation naît. Camilien Houde, maire de Montréal, refuse de s'enregistrer. Il encourage la population à l'imiter. Camilien Houde est arrêté et emprisonné dans l'un des camps d'internement.

En janvier 1942, King annonce qu'il n'a pas le choix, il devra imposer la conscription. Comme il a fait la promesse de ne pas le faire, un plébiscite a lieu. Il demande à la population canadienne de voter pour déterminer s'il peut déroger à sa promesse et instaurer la conscription. Au Québec, la population est contre la conscription et la division entre les deux cultures est forte. Les anglophones traitent les francophones de traîtres et de lâches.

Un plébiscite est une consultation sur le désir d'une population à propos d'une importante décision.
Onze députés fédéraux du parti libéral se dissocient de leur parti pour manifester leur désaccord face aux politiques du premier ministre. Le Groupe des onze réussit à rallier plusieurs groupes à leur cause : Le Devoir, l'Union catholique des cultivateurs, les anciens membres de l'Action libérale nationale, les députés conservateurs et les membres de la Société Saint-Jean Baptiste.


Manifestation pour l'opposition à la conscription
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En 1942, la Ligue pour la Défense du Canada est fondée. Contre la conscription, les membres défendent aussi le nationalisme canadien-français. Plusieurs intellectuels et politiciens appuient la ligue, dont Henri Bourassa, Jean Drapeau et Gérard Fillion. Radio-Canada et le clergé refusent toutefois d'appuyer la ligue.

Le 27 avril 1942, les résultats du plébiscite sont connus. La majorité de la population canadienne (64%) appuie le premier ministre et lui permet de revenir sur sa promesse de 1940. Par contre, les résultats au Québec sont fort différents : 71% de la population a voté contre. Comme King le craignait, le pays est divisé par la conscription.

Le 23 novembre 1944, la conscription est imposée. Le premier départ a lieu le 3 janvier 1945. Sur près de 13 000 hommes appelés, 2 463 sont envoyés au front. Ces soldats de la conscription ont été les derniers hommes envoyés en Europe lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Les prisonniers et les camps d'internement au Canada

En Colombie-Britannique, la population était formée d'une partie d'immigrants japonais ou de Canadiens d'origine japonaise. Après l'attaque de Pearl Harbor, les Canadiens ont peur d'une invasion japonaise.

Tous les Japonais du Canada étaient vus comme des traîtres ou des espions. La peur d'être attaqué par des Japonais a accentué le racisme, surtout en Colombie-Britannique. Par exemple, le Chemin de fer du Canadien Pacifique a congédié tous ses employés d'origine japonaise après l'attaque de Pearl Harbor. De plus, les pêcheurs japonais perdent leur permis et leur bateau.

Entre 1941 et 1946, 23 000 Japonais sont déportés dans des camps isolés dans les Rocheuses. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a d'ailleurs vendu les terrains et les possessions des déportés. Après la guerre, deux choix s'offrent aux Japonais : vivre dans les Rocheuses ou retourner au Japon. Ils pourront seulement s'installer où ils le désirent en 1949.


Déportation des populations japonaises en Colombie-Britannique
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Les camps accueillent aussi des prisonniers allemands (civils et détenus de guerre) envoyés par la Grande-Bretagne. Ils sont gardés dans des camps isolés dans les Rocheuses ou encore dans le nord de l'Ontario ou du Québec. Les prisonniers coupent du bois, participent à l'industrie des pâtes et des papiers ou donnent des coups de main aux agriculteurs. Les prisonniers sont relâchés en 1945. Les camps d'internement accueillent aussi des opposants à la conscription (dont Camilien Houde), des ressortissants allemands ou japonais.

Le Canada, ennemi des régimes fascistes

Durant les années 1930, l'idéologie fasciste plaît à quelques politiciens canadiens. En effet, des partis fascistes sont créés au Canada : le Canadian National Party (à Winnipeg), le Canadian Union of Fascists (à Toronto) et le Parti national chrétien (au Québec).

Ce dernier est fondé par Adrien Arcand, un admirateur de Mussolini et d'Hitler. Dans le programme élaboré par Arcand, on trouve le travail obligatoire pour tous, l'obligation d'être chrétien, le contrôle par l'État des chemins de fer, du téléphone, du télégraphe et de la radio, l'interdiction pour les étrangers de travailler dans les finances et vider le Canada des juifs.


Partisans du Parti national chrétien effectuant le salut lors d'une réunion
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Le Parti national chrétien s'unit avec le Canadian Union of Fascists en 1938 pour former le National party unity. Après le début de la guerre, les défenseurs de ce parti sont arrêtés. Ils doivent subir un procès, mais il est reporté jusqu'à la fin de la guerre. Les membres du parti sont détenus durant toute la durée de la guerre.

Règles d'immigration resserrées avant et durant la guerre

À cause de la crise économique et du manque d'emploi au Canada, on limite les entrées d'immigrants au Canada. La Loi sur l'immigration est resserrée et le gouvernement canadien peut forcer un immigrant à quitter le Canada s'il n'a pas d'emploi. Entre 1930 et 1935, 30 000 immigrants doivent quitter le territoire.

Au même moment, les juifs en Allemagne commencent à être persécutés par le régime nazi. Plusieurs d'entre eux tentent de fuir l'Europe et demandent d'être accueillis au Canada. Mackenzie King craint que l'arrivée massive de juifs au milieu de la crise économique accentue encore plus l'antisémitisme au Canada.

Les juifs sont victimes de discrimination durant les années 30 au Canada : ils n'ont pas accès aux universités ou aux écoles, leurs magasins sont souvent vandalisés, etc. La population a peur de leur pouvoir économique. Des partis fascistes naissent un peu partout au Canada et appuient les politiques nazies. Dans ce contexte, le gouvernement canadien a refusé d'accueillir des juifs durant la guerre.

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Les exercices
Les références