Histoire h1374

Tentatives de diversification de l'économie après 1663 (notions avancées)

Les notions abordées dans cette fiche dépassent celles qui sont vues au secondaire. Il s'agit d'un complément pour ceux qui sont curieux d'en savoir plus.

Les mesures de Jean Talon

Le nombre de terres cultivables en Nouvelle-France a considérablement augmenté durant les mandants de Jean Talon. L'intendant insistait aussi pour que les colons diversifient les cultures et produisent davantage. Il souhaitait ainsi exporter les surplus et assurer un revenu supplémentaire à la colonie. Aux cultures de blé, de pois et de haricots, Talon a ajouté celles du lin et du houblon. Ainsi, les colons pouvaient produire leurs propres tissus et leur propre bière, diminuant ainsi leur dépendance à la colonie. L'intendant a aussi introduit les métiers à tisser dans la colonie. Talon incitait aussi les colons à diversifier le bétail : des moutons et des chevaux se sont ajoutés aux troupeaux de boeufs et de porcs. La production fut d'ailleurs assez efficace pour que la colonie produise son propre cuir pour les chaussures des habitants. Jean Talon se vantait d'ailleurs de pouvoir se vêtir de la tête aux pieds de produits de la Nouvelle-France.


Jean Talon, intendant de Nouvelle-France entre 1665 et 1668, puis entre 1670-1672 (cliquer pour agrandir)
Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Toujours grâce aux initiatives de Talon, la première brasserie de la Nouvelle-France a vu le jour à Québec en 1668. L'intendant souhaitait aussi développer l'industrie forestière de la Nouvelle-France et exporter le bois en France et dans les colonies des Antilles. Talon voulait aussi mettre en place des chantiers de construction navale sur la colonie et amorcer une pêche commerciale dans les eaux du Saint-Laurent. Dès 1667, la colonie exportait du saumon, des anguilles et de l'huile de phoque aux Antilles. Il incitait ainsi les colons à cesser de pêcher pour leur subsistance, mais à pêcher pour exporter les ressources.

Ces échanges économiques ont modifié le mercantilisme de la métropole. En effet, les nouvelles relations commerciales entre ses colonies américaines ont favorisé l'essor du commerce triangulaire. Les navires construits au Canada quittaient à l'automne, chargés des produits de la Nouvelle-France (poissons, farine, pois, bois) et transportaient ces marchandises vers les Antilles. Les navires étaient de nouveau remplis avec les produits antillais (café, tabac, mélasse, rhum et sucre) et se dirigeaient vers la France. Une fois en France, les fourrures canadiennes étaient déchargées et les produits manufacturés français étaient envoyés en Nouvelle-France avec certains produits des Antilles. Ainsi, la métropole et ses colonies profitaient toutes des produits et des richesses de chaque région.

Le commerce triangulaire a été instauré par Jean Talon en 1669.


Le commerce triangulaire (cliquer pour agrandir)
Source du fond de carte

Les mesures de Michel Bégon et de Gilles Hocquart

Après Talon, d'autres intendants cherchent à diversifier l'économie de la colonie. Entre 1712 et 1726, l'intendance de Michel Bégon est marquée par un effort pour encourager l'exploitation forestière. Il contribue à l'apparition de plusieurs scieries sur le territoire. Aussi, Bégon travaille, tout comme Jean Talon, pour encourager la culture du chanvre.


Michel Bégon, intendant de la Nouvelle-France de 1712 à 1726 (cliquer pour agrandir)
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Puis, entre 1729 et 1748, Gilles Hocquart crée à son tour des mesures dans le but de diversifier l'économie coloniale. Il continue le travail de ses prédécesseurs en développant l'industrie du bois et de la culture du chanvre, du lin et du tabac.


Gilles Hocquart, intendant de la Nouvelle-France entre 1729 et 1748 (cliquer pour agrandir)
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C'est également durant l'intendance d'Hocquart que les chantiers navals du roi sont créés. De plus, Gilles Hocquart fait construire les Forges du Saint-Maurice en 1738 près de la ville de Trois-Rivières. C'est aussi à lui que l'on doit la construction d'une route reliant Québec, Trois-Rivières et Montréal : le Chemin du Roy.


Le Chemin du Roy fut construit entre 1731 et 1737 (cliquer pour agrandir)
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Obstacles à la diversification de l'économie

Malgré tous les efforts déployés, les industries naissantes font face à de nombreuses difficultés :

  • Les coûts de production sont plus élevés qu'en France;
  • la main-d'œuvre spécialisée est rare;
  • le marché local est très petit;
  • il n'y a pas beaucoup de capitaux.

De plus, la politique économique mercantiliste nuit à la diversification économique de la colonie puisqu'elle entre en concurrence avec la métropole. De ce fait, plusieurs entreprises sont créées puis disparaissent, car la France ne les encourage pas, craignant qu'elles nuisent aux entreprises similaires situées en Europe. La Nouvelle-France reste le pourvoyeur de la France.

Finalement, l'économie coloniale n'est pas très diversifiée et repose principalement sur le commerce de la fourrure. Autour de 1760, la fourrure demeure le principal produit d'exportation. Ce n'est que pendant le régime britannique qu'aura lieu une véritable diversification de l'économie.

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