Histoire h1164

Les débuts du parlementarisme et le jeu politique au Canada (1792-1837)

Intérêts des groupes sociaux

Après l'Acte constitutionnel de 1791, la population pouvait dorénavant voter pour élire les membres de l'Assemblée législative. Les gens sont théoriquement satisfaits par la nouvelle constitution. Mais rapidement, ils se rendent compte que les pouvoirs de l'Assemblée sont très limités et que le vrai pouvoir politique est en réalité entre les mains de quelques personnes, ce qui occasionne de nombreuses frustrations chez plusieurs personnes au Canada. Le gouverneur conservait tous les pouvoirs puisqu'il nommait les membres des Conseils législatif et exécutif et qu'il avait un droit de veto. Les membres des conseils n'hésitaient pas à agir dans leur propre intérêt, défendre leurs idéologies, bref, les décisions étaient influencées par le favoritisme.

Les Canadiens, bien que majoritaires dans l'Assemblée élue, ne peuvent contrôler les lois qui sont votées par le Conseil législatif. Pour défendre leurs intérêts politiques, ils critiquent le système en place et exigent un gouvernement responsable. Influencés par la révolution américaine et par la Révolution française, les Canadiens veulent un conseil législatif élu qui peut prendre ses décisions et les faire appliquer, sans que ces décisions soient freinées par le gouverneur.

De leur côté, les marchands britanniques du Bas-Canada sont satisfaits par la structure gouvernementale, mais n'apprécient pas la domination canadienne au sein de l'Assemblée. Ils exigent donc l'union entre les deux territoires, de manière à rendre la population francophone minoritaire et à l'assimiler. La bourgeoisie d'affaires, dont font partie les marchands, est avantagée par le système et s'oppose ainsi à l'implantation d'un gouvernement responsable.

Dans le Haut-Canada, les avis sont partagés. Plusieurs loyalistes sont satisfaits de la constitution de 1791 tandis que des voix s'élèvent pour exiger la formation d'un gouvernement responsable. Ils critiquent, comme les Canadiens, le fait que le pouvoir se limite à quelques personnes qui n'agissent que dans leur propre intérêt. Francophone ou anglophone, la bourgeoisie libérale veut défendre les intérêts de la population et les valeurs libérales. Ces professionnels (avocats, médecins, notaires, etc.) veulent un gouvernement responsable. La Couronne britannique est consciente que la population est insatisfaite dans les deux territoires. Le roi envoie d'ailleurs plusieurs personnes qui doivent étudier la situation et proposer des solutions. Toutefois, il ne comprend pas pourquoi la population veut obtenir la responsabilité ministérielle, donc il ne l'accorde pas.

En 1810, le gouverneur Craig propose des mesures pour améliorer la situation au Canada. Il propose d'angliciser la province en favorisant une immigration américaine massive qui submergerait les Canadiens. Ils souhaitent également imposer l'obligation de posséder d'importants titres fonciers pour pouvoir se présenter aux élections, ce qui diminuerait le nombre de Canadiens à faire partie de l'Assemblée. Finalement, Craig propose d'unir les deux territoires afin d'angliciser plus rapidement le Bas-Canada.

Relations entre l'Église et l'État

La Couronne britannique a officiellement reconnu la religion catholique et sa hiérarchie. Ainsi, l'évêque du Bas-Canada peut nommer différents membres du clergé aux postes importants. Pour s'assurer de ne pas perdre ce privilège au sein d'un régime protestant, le clergé catholique encourageait la population canadienne à appuyer le gouvernement britannique. En 1810, le clergé offre son appui à la Couronne britannique et s'oppose au Parti canadien. Malgré cet appui, les évêques doivent souvent tenir tête au gouverneur qui souhaite limiter le pouvoir du clergé catholique.


Le Parti canadien est un parti politique fondé au début des années 1800 par des Canadiens de la classe libérale (médecins, avocats, notaires, etc.). Il va se radicaliser et changer de nom pour le Parti patriote en 1826.
En 1812, lorsque les États-Unis d'Amérique entrent en guerre avec la Grande-Bretagne, les soldats américains tentent d'envahir le Canada. Le clergé encourage fortement les Canadiens à combattre auprès des soldats britanniques pour défendre leur territoire. Les Américains sont repoussés par les troupes britanniques, canadiennes et amérindiennes et la guerre se termine en 1814. Lorsque le gouvernement met en place un réseau d'écoles publiques et gratuites, le clergé catholique encourage la population à ne pas y inscrire les enfants. Le clergé craint que ses écoles ne servent à assimiler les jeunes Canadiens.

En 1829, le Parti patriote se détache des conseils du clergé en proposant de démocratiser l'administration des paroisses et en créant des écoles d'assemblée. Le clergé critique fortement ces idées libérales, influencées par la philosophie des Lumières. En 1837, le clergé dénonce les appels à la révolte des patriotes. Devant se battre avec le gouvernement pour que le clergé ait ses droits, les évêques prennent tout de même position contre les revendications des Canadiens et soulignent leur appui au gouvernement britannique.

Des partis politiques pour se représenter

Au Bas-Canada, les membres du Conseil exécutif et tous les fonctionnaires appuyaient la structure politique qui les avantageait grandement. Ils ne voulaient pas de la responsabilité ministérielle exigée par les partis réformistes. Ce petit groupe influent fut surnommé la Clique du Château. Officiellement lié au British Party, ce groupe dominait les deux conseils du gouvernement ainsi que tous les postes influents de la bureaucratie et de la justice. Jusqu'en 1830, la Clique du Château a bloqué tous les efforts de réforme et a voulu mettre en application des moyens pour favoriser l'assimilation des Canadiens. Ces personnes partageaient les mêmes idées politiques et les mêmes objectifs commerciaux. Un groupe similaire gérait le gouvernement du Haut-Canada, surnommé le Pacte de famille. À partir de 1830, le pouvoir de ces deux groupes a commencé à s'éroder, les groupes exigeant un gouvernement responsable se faisaient de plus en plus insistants.


Le British Party est le parti politique opposé au Parti canadien. Il est formé majoritairement de membres de la bourgeoisie d'affaires anglophone.
Au début du 19e siècle, des professionnels et des marchands canadiens fondent le Parti canadien. Lors de la fondation du parti, les membres font confiance au système parlementaire britannique, mais ils se rendent rapidement compte qu'ils ne peuvent s'exprimer au sein du gouvernement. Dès lors, le Parti canadien demande une plus grande participation afin de gérer la population qui élit l'Assemblée. Ce parti fait la promotion de la responsabilité ministérielle et veut contrer le favoritisme. En 1826, le parti change de nom pour devenir le Parti patriote, qui revendique alors les droits du peuple du Bas-Canada et souhaite se défaire de l'autorité britannique. Le Parti patriote veut bâtir une société à l'image des États-Unis : libre et apte à gérer elle-même sa politique et son économie. Louis-Joseph Papineau dirige le parti. Reconnu par les députés, il est également une figure populaire auprès des habitants.


Louis-Jospeh Papineau
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Les différents points de vue des partis politiques occasionnent de vives tensions au gouvernement. Au début des années 1830, les travaux de l'Assemblée sont fréquemment suspendus et l'État est paralysé : le Conseil législatif bloque les lois tandis que l'Assemblée refuse d'accepter le budget. À quelques occasions, le gouverneur dissout le gouvernement et déclenche de nouvelles élections. Pour régler les problèmes politiques du Bas-Canada, Papineau essaie de convaincre Londres d'effectuer des changements à la constitution. Ces demandes sont exprimées dans les 92 résolutions et ont été votées à l'Assemblée en 1834. Ces résolutions demandent, entre autres, l'élection d'un Conseil législatif et le contrôle du budget par l'Assemblée. Papineau y défend aussi la nation canadienne. En 1837, les résolutions sont refusées, ce qui a mené à la rébellion des patriotes de 1837 et 1838.

Dans le Haut-Canada, des Anglais mettent aussi en place un mouvement réformiste qui exigeait un gouvernement responsable qui pourrait contrôler le Conseil exécutif et avoir un meilleur contrôle sur le budget de la province.

La transmission des idées

Les députés font valoir leurs idées et leurs points de vue dans la chambre d'assemblée. Les idées opposées des différents partis font naître des grands débats dans la chambre, chaque parti voulant convaincre les autres députés. Les élections sont aussi des moments propices pour faire valoir ses idées à la population. Les débats d'idées n'ont pas lieu seulement dans la chambre d'assemblée. Chaque parti utilise la presse écrite pour faire valoir ses idées et critiquer celles des autres. Ainsi, les politiciens peuvent toucher la population et obtenir des appuis populaires.

Le Parti canadien se sert de son journal Le Canadien. Créé en 1806, celui-ci fait la promotion des idées du Parti canadien et se pose en faveur d'une meilleure représentation des Canadiens au gouvernement. De plus, ce journal est fondé pour s'opposer au projet d'union proposé par les marchands britanniques. Les journalistes y défendent aussi l'identité culturelle des Canadiens. En 1810, le gouverneur a emprisonné les rédacteurs en chef du journal. Malgré plusieurs difficultés avec les autorités, Le Canadien est paru jusqu'en 1893. Les sujets les plus abordés sont le gouvernement responsable, le maintien du régime seigneurial, les propositions pour annexer le Bas-Canada aux États-Unis et la dénonciation du favoritisme du gouvernement. Outre Le Canadien, d'autres journaux partisans permettent aux journalistes d'appuyer le Parti canadien ou le Parti patriote: La Minerve (qui reprend les idées de Papineau et propose des solutions radicales) et Le Vindicator.


Papineau parle à la foule pour partager ses idées

Devant les demandes de plus en plus insistantes des Canadiens, The Gazette de Montréal tente de propager les idées contraires. Plusieurs articles avertissent la population des intentions des Canadiens de former une république canadienne qui dominerait l'Amérique du Nord. Les journalistes s'appuient aussi sur la Révolution française pour convaincre ses lecteurs et leur faire peur. Les Anglais expriment également leurs idées dans le Quebec Mercury (fondé en 1805), dans le Montreal Herald et dans L'Ami du Peuple, de l'Ordre et des Lois, dans lesquels l'attachement aux valeurs britanniques est mis en valeur alors que la culture française est critiquée. Ces journaux abordent amplement les sujets suivants: assimilation des Canadiens, loyauté à la Couronne britannique, union des Canada, etc.

Toutes les décisions gouvernementales sont commentées dans tous les journaux, selon un point de vue différent. Chaque parti commente et critique les opinions écrites dans les autres journaux.


Aperçu du journal La Minerve
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Au milieu des années 1830, les idées politiques se radicalisent et les points de vue s'opposent plus ouvertement. Les débats ne se limitent plus à la chambre d'assemblée ou dans les journaux. Deux groupes armés se forment et s'affrontent: le Doric Club et les Fils de la liberté, respectivement fondés en 1836 et 1837.


Affrontement entre le Doric Club et les Fils de la liberté

Naissance du nationalisme

Plusieurs journalistes et commentateurs de l'époque décrivent le sentiment nationaliste naissant chez les Canadiens et leur volonté de conserver leur langue, leur culture et leur religion. Les notions de peuple distinct et de nation distincte commencent à apparaître dans les journaux et dans les discours. Les Anglais déplorent la situation en critiquant l'attachement des Canadiens à leurs racines françaises. Les Canadiens, eux, ne se considèrent pas comme des Français, mais bien comme des Canadiens, une nation à part entière.

Au début du 19e siècle, plusieurs mouvements de libération nationale naissent ailleurs dans le monde (Serbie, Grèce, Belgique, Brésil, etc.). Au Bas-Canada, le nationalisme s'exprime d'abord dans les luttes parlementaires : les Canadiens souhaitent que la nation canadienne conserve ses libertés et soit considérée comme une nation séparée. En 1822, lorsque le projet d'union attire plus de partisans, les Canadiens se sentent menacés par les anglophones et défendent plus ardemment leurs droits et leur identité. La crainte de l'union fait augmenter le nationalisme canadien.

Pendant ce temps, les anglophones du Canada ne se considèrent pas encore des Canadiens, mais des «Britons», pour marquer leur attachement à la nation britannique. Le mot canadien ne désigne alors que les francophones.

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