L’éducation et la culture canadienne-française au 19e siècle

Fiche | Histoire

Dans la seconde moitié du 19e siècle, la société canadienne-française traverse d’importantes transformations. L’apparition des premières universités francophones permet de former une nouvelle élite, alors que le développement de la littérature et des arts favorise l’affirmation d’une identité culturelle propre. Cette période est aussi marquée par des tensions, notamment en ce qui concerne les droits des minorités francophones au Canada.

Dans la deuxième moitié du 19e siècle (après les années 1850), plusieurs changements surviennent dans l’enseignement supérieur et la culture : 

L’éducation

L’accès aux études supérieures

Pendant la première moitié du 19e siècle, seuls les anglophones ont accès à des universités au Canada. Deux établissements majeurs voient le jour.

  • L’Université McGill (1821) : Cette université est financée par de riches hommes d’affaires, elle mise sur les sciences et l’administration. On y forme de futurs ingénieurs, des médecins et des physiciens.
  • Le Bishop’s College (1843) : Il est fondé pour desservir la communauté anglophone en région.

L’Université Laval est la toute première université francophone au Canada. Fondée à Québec en 1852, elle est née grâce au Séminaire de Québec, qui a reçu la permission de transformer son établissement en université.

Contrairement à McGill, l’Université Laval se concentre sur les professions libérales. À ses débuts, elle regroupe 4 facultés :

  • Théologie
  • Médecine
  • Droit
  • Arts

La fondation de l’Université Laval contribue à la formation d’une nouvelle élite canadienne-française.

Photographie du premier campus de l’Université Laval à Québec.

Premier campus de l’Université Laval, dans le Vieux-Québec, connu aujourd’hui sous le nom de Séminaire de Québec

Source : Premier campus de l’Université Laval, dans le Vieux-Québec, connu aujourd’hui sous le nom de Séminaire de Québec [Photographie], J. E. Livernois Photo. Québec, entre 1860 et 1965, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, (URL). Droits réservés*[1]

L’expansion vers Montréal

Le besoin d’une éducation supérieure en français se fait aussi sentir à Montréal. En 1878, une succursale de l’Université Laval y est inaugurée. Ce n’est qu’en 1920 que cette annexe obtient son autonomie et devient l’Université de Montréal.
 

Les écoles catholiques hors Québec et les restrictions de l’enseignement en français

Dès les débuts de la Confédération, les droits des francophones vivant à l’extérieur du Québec causent d’importantes tensions. À cette époque, plusieurs politiciens fédéraux ont une attitude antifrançaise et anticatholique.

Cette hostilité est renforcée par le mouvement orangiste. Ce groupe défend 2 idées principales :

  • la suprématie britannique,
  • la création d’un Canada uniquement anglophone et protestant.

Sous cette influence, certaines provinces adoptent des lois qui restreignent l’accès à l’éducation en français ou à l’enseignement catholique. Les droits des minorités francophones sont alors brimés (diminués) à plusieurs endroits :

  • au Nouveau-Brunswick (1871),
  • au Manitoba (1890),
  • en Ontario (début du 20e siècle).

Au Québec, ces mesures créent un profond sentiment d’injustice et augmentent les frictions avec le gouvernement fédéral.

La question des écoles francophones au Manitoba

L’exemple du Manitoba est marquant, car il provoque de fortes tensions au Québec. En 1870, les négociations menées par Louis Riel permettent d’inscrire la protection des droits des francophones et des catholiques dans la Loi sur le Manitoba. Toutefois, la situation change rapidement à cause de l’arrivée massive de colons anglophones et de l’exil des Métis. La proportion des francophones dans la population diminue alors de façon importante.

En 1890, le gouvernement provincial profite de ce changement pour adopter une loi qui abolit le système scolaire francophone. Un seul système scolaire, public et anglophone, est alors imposé. Puisqu’elles ne reçoivent plus de financement du gouvernement, les écoles catholiques et francophones se retrouvent en difficulté. Au Québec, le clergé et les politiciens s’opposent à cette décision. Ils demandent au gouvernement fédéral d’utiliser son droit de désaveu pour annuler cette loi, mais Ottawa refuse d’intervenir. Cette crise augmente le mécontentement des Canadiens français envers le gouvernement fédéral.

Une école au Manitoba en 1896.

Une école au Manitoba en 1896

Source : Wood Lake School-1896 [Photographie], Kempthorne, 1896, Wikimedia Commons, (URL).[2]

La littérature et les arts

La littérature patriotique

Au milieu du 19e siècle, une littérature canadienne-française commence à se développer. Ce mouvement est une réponse à Lord Durham, qui affirmait dans son rapport que les Canadiens étaient « un peuple sans histoire et sans littérature ».

L’historien François-Xavier Garneau publie son Histoire du Canada afin de prouver la richesse du passé des Canadiens français. Dès 1860, ce livre inspire un nouveau courant littéraire au Québec : la littérature patriotique. Des auteurs comme Octave Crémazie se regroupent alors autour de l’abbé Henri-Raymond Casgrain. Leurs œuvres, teintées de romantisme, font l’éloge des héros de la Nouvelle-France, de la religion catholique et de la vie rurale. Ce courant rejette l’urbanisation et véhicule les valeurs du nationalisme de survivance et de l’agriculturisme.

Portrait de François-Xavier Garneau.

François-Xavier Garneau est l’auteur de l’œuvre Histoire du Canada, dont le premier tome est publié en 1845. C’est la première fois qu’un auteur rassemble, dans un ouvrage, un récit aussi détaillé de l’histoire des Canadiens français.

Source : François-Xavier Garneau [Portrait], Shortt, A., 1914, Wikimedia commons (URL). CC0 1.0.[3]
Important!

Le nationalisme canadien nait après 1770. Avec l’arrivée massive d’immigrants anglophones, ce mouvement devient le nationalisme canadien-français afin de distinguer spécifiquement l’identité des francophones au Canada. Ces 2 termes désignent le même peuple à différentes époques de l’histoire.

Pour en savoir plus, consulte la vidéo Le nationalisme au Canada

L’École littéraire de Montréal

Fondée en 1895, l’École littéraire de Montréal se concentre sur la modernité et la poésie. Rompant avec les modèles établis, les auteurs membres de cette École littéraire décident d’explorer de nouveaux horizons. Les valeurs traditionnelles sont donc mises de côté, contrairement aux œuvres de la littérature patriotique.

Ces auteurs se réunissent et sont à l’origine de conférences ainsi que de séances de lecture où les membres partagent leurs propres œuvres, qui sont le plus souvent des poèmes. En prônant une écriture libre, sans aucun thème imposé, l’École permet à des créateurs comme le célèbre poète Émile Nelligan d’aborder des sujets universels tels que l’amour, l’homme ou la mort. L’École littéraire de Montréal exerce une influence importante sur l’évolution de la littérature québécoise au début du 20e siècle.

La littérature féminine

Au 19e siècle, une littérature féminine émerge. Elle prend la forme de poésie, de contes, de nouvelles et de romans, et se développe en parallèle à la littérature patriotique. Dans leurs œuvres, les femmes abordent également l’identité culturelle canadienne-française et catholique. Leurs écrits sont publiés pour la plupart dans des journaux et des revues. La presse écrite aide à l’émergence de la littérature féminine en demandant à des femmes de rédiger des chroniques ou des pages. Cette presse écrite demande également des œuvres littéraires qui sont souvent publiées sous forme de feuilleton, c’est-à-dire une œuvre qui est faite pour être publiée en plusieurs parties dans différents numéros d’un journal ou d’une revue.

Plusieurs autrices utilisent des pseudonymes lorsqu’elles écrivent. Elles prennent soit un autre nom féminin ou encore un nom masculin étant donné qu’il était encore mal vu qu’une femme écrive et partage ses opinions. 
 

Félicité Angers est une autrice originaire de La Malbaie. Elle est surtout connue par son nom de plume (son pseudonyme) : Laure Conan. Elle est considérée comme la première romancière canadienne-française.

Elle a publié sa première nouvelle en 1878, mais c’est en 1881 avec le début de la publication de Angéline de Montbrun qu’elle a commencé à être connue. Cette œuvre est sa plus célèbre. 

Portrait de Félicité Angers (Laure Conan).

Portrait de Félicité Angers (Laure Conan)

Source : Laure Conan [Photographie], (s.a.), vers 1870, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, (URL).[4] 

La peinture et l’identité canadienne

Pendant longtemps, la peinture au Canada était composée en grande partie de portraits de personnes. Vers la fin du 19e siècle, de plus en plus de peintres réalisent des œuvres en peignant le paysage. Petit à petit, la peinture de paysage devient dominante dans la peinture canadienne.

En peignant des paysages enneigés et des lieux canadiens, les peintres contribuent à la création d’une identité propre au Canada.

Un groupe de personnes dans un traineau tiré par un cheval.

Peinture nommée Les garçons vont à la ville

Cette œuvre a été peinte en 1858 par Cornelius Krieghoff. Il a réalisé plusieurs peintures présentant des paysages canadiens.

Source : Les garçons vont à la ville [Peinture], Krieghoff, C., 1858, Musée national des beaux-arts du Québec, (URL).[5] 

Références

  1. J. E. Livernois Photo. Québec. (entre 1860 et 1965). Premier campus de l’Université Laval, dans le Vieux-Québec, connu aujourd’hui sous le nom de Séminaire de Québec [Photographie]. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. (URL). *Extrait employé par Alloprof conformément à la Loi sur le droit d’auteur dans le cadre d’une utilisation équitable aux fins d’éducation [https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/c-42/page-9.html].
  2. Kempthorne. (1896). Wood Lake School-1896 [Photographie]. Wikimedia Commons. (URL).
  3. Shortt, A. (1914). François-Xavier Garneau [Portrait]. Wikimedia commons. (URL). CC0 1.0.
  4. (s.a.). (vers 1870). Laure Conan [Photographie]. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. (URL).
  5. Krieghoff, C. (1858). Les garçons vont à la ville [Peinture]. Musée national des beaux-arts du Québec. (URL).