Les instructions au gouverneur Murray et les concessions faites aux Canadiens

Fiche | Histoire

La Proclamation royale de 1763 met fin au régime militaire, c’est-à-dire que l’armée ne sera plus responsable de l’administration politique du territoire. Un gouvernement civil est alors mis en place. Le roi de Grande-Bretagne, George III, désire que sa nouvelle colonie, la Province de Québec, soit gérée pratiquement de la même façon que ses autres colonies britanniques.

Le gouvernement de James Murray

Le gouvernement de James Murray

Les instructions du roi de Grande-Bretagne

Afin que la Province de Québec devienne une colonie britannique, la population, majoritairement canadienne, doit adopter la langue anglaise, la religion protestante et la culture britannique. Pour ce faire, le gouverneur James Murray est responsable d’appliquer les instructions du roi, instructions dont l’objectif principal est l’assimilation des Canadiens.

 Instructions du roi visant l’assimilation des Canadiens 
  • Toutes les lois sont des lois britanniques (lois civiles et criminelles).
  • La langue anglaise est maintenant la langue officielle de la colonie.
  • La religion catholique est tolérée, mais l’immigration de nouveaux membres du clergé (par exemple un nouvel évêque) est interdite et la dime (impôt payé à l’Église) est abolie.
  • Les catholiques ne pourront pas être membres de la Chambre d’assemblée lorsqu’elle sera créée.
  • Le serment du Test est obligatoire pour accéder à un poste dans l’administration de la colonie.
  • La construction d’écoles protestantes et d’églises anglicanes doit être favorisée.
  • Les terres doivent être distribuées en cantons. Le régime seigneurial est aboli.
  • L’immigration britannique est favorisée.
Définition

L’assimilation se produit lorsqu’un peuple s’approprie la langue, les coutumes, la religion et les valeurs d’une autre culture au détriment de sa propre culture.

Portrait de James Murray, premier gouverneur de la Province de Québec.

James Murray, premier gouverneur de la Province de Québec

Source : James Murray [Peinture], vers 1770, Bibliothèque et Archives Canada, (URL).[1] 

Le serment du Test

Le serment du Test, comme le serment d’allégeance, consiste à jurer fidélité au roi de Grande-Bretagne. Cependant, contrairement au serment d’allégeance, il demande aussi de renoncer à la religion catholique et de rejeter l’autorité du pape. Cette coupure avec la religion catholique est impensable pour la plupart des Canadiens. Cela bloque l’accès aux postes administratifs pour les Canadiens parce qu’il est nécessaire de faire le serment du Test pour accéder à ces postes. Ils ne peuvent donc pas faire partie du Conseil ou être juges.

Les concessions accordées aux Canadiens

Malgré les instructions du roi, James Murray opte plutôt pour une politique de conciliation, c’est-à-dire ouverte aux compromis. En effet, les Canadiens étant fortement majoritaires dans la colonie, Murray veut éviter toute révolte de leur part. Aussi, il croit que l’assimilation des Canadiens se fera plus rapidement s’ils développent un sentiment d’appartenance à la nouvelle métropole. Ainsi, Murray accorde plusieurs concessions aux Canadiens. 

    ​Concessions accordées aux Canadiens par James Murray
  • Les lois civiles françaises sont tolérées durant les procès qui concernent seulement des Canadiens.
  • La création d’une Chambre d’assemblée est reportée, puisque les Canadiens n’y auraient pas eu accès.
  • Les Canadiens peuvent occuper certains postes administratifs, comme greffier ou huissier, sans devoir faire le serment du Test.
  • À défaut de pouvoir nommer des Canadiens au Conseil, Murray nomme des Britanniques ayant une attitude conciliante face aux Canadiens.
En savoir plus

Les cantons

Les cantons sont des terres généralement de forme carrée. À la différence du régime seigneurial, ceux qui les occupent en sont propriétaires. Le principe de redevances envers le seigneur n'existe plus.

Les concessions faites à l’Église catholique

Depuis 1760, à la mort de Monseigneur de Pontbriand, l’Église catholique n’a plus d’évêque dans la Province de Québec. Comme un évêque est le seul qui peut ordonner de nouveaux prêtres, il est nécessaire pour la survie de l’Église catholique dans la colonie.

Murray recommande à la Couronne britannique d’accepter que Rome nomme un nouvel évêque et de le considérer comme le surintendant de l’Église catholique dans la colonie.

En échange, le clergé catholique s’engage à collaborer avec les autorités britanniques et à rappeler aux Canadiens catholiques qu’ils doivent obéir et rester fidèles au roi britannique.

En 1766, le vicaire Jean-Olivier Briand est nommé évêque de Québec.

Portrait de Jean-Olivier Briand.

Monseigneur Jean-Olivier Briand

Source : Monseigneur Jean-Olivier Briand [Peinture], Hamel, E., 1873, Musée national des beaux-arts du Québec, (URL).[2]

La réaction des colons britanniques

La politique de conciliation du gouverneur Murray est accueillie de différentes manières chez les colons d’origine britannique. Leurs positions sont opposées et mènent à la création de 2 groupes : le French Party et le British Party. 

French PartyBritish Party
Composé d’administrateurs, d’officiers militaires et de nobles britanniquesComposé de marchands britanniques et de colons originaires des Treize colonies
Favorables à la politique de conciliation du gouverneur Murray

Fortement opposés aux concessions faites aux Canadiens. Ils réclament, entre autres : 

  • l’interdiction de pratiquer la religion catholique, 
  • la création d’une chambre d’assemblée interdite aux catholiques,
  • l’application en tout temps des lois civiles et criminelles anglaises.

Dès 1764, les membres du British Party envoient plusieurs pétitions au roi dans lesquelles ils dénoncent la politique de conciliation de Murray. Ils demandent son renvoi.

En 1766, James Murray est rappelé à Londres et perd son poste de gouverneur. Guy Carleton est nommé comme nouveau gouverneur en 1768. Même s’il était considéré comme favorable aux revendications du British Party, une fois en fonction, il adopte une politique de compromis, tout comme le gouverneur Murray avant lui. 

Références